Archives de la Catégorie Brèves de comptoir

Urban comics

Pour une fois, je ne vais pas vous parler d’un bouquin, mais d’un éditeur, un nouveau venu sur le délicat terrain de l’édition de comics en France.

Derrière Urban comics, se cache en fait Dargaud. Il y a peu, Panini a perdu les droits de gestion du catalogue DC comics (Superman, Batman, Vertigo…) et c’est Dargaud, en Janvier 2012, qui a raflé la mise. Dc comics est un catalogue délicat à gérer, car si les grandes figures sont connues, l’univers n’en reste pas moins riche, complexe, et bien moins accessible que celui de Marvel, bien implanté chez nous depuis belle lurette. De plus, aux USA, DC comics a effectué une relance complète de son univers. Il faut donc gérer un immense catalogue plein de matériel inédit et un nouveau statu-quo.

Grâce à une équipe de passionnés, et ce qui semble être une certaine liberté dans la prise de décision, Urban comics nous propose depuis environ trois mois, un catalogue de qualité et nous prépare quelques sorties appétissantes.

Première parution, premier grand coup: une édition somptueuse de Watchmen, à un prix hallucinant quand on sait qu’elle contient les bonus de l’édition Absolute et qu’elle lui est supérieure en terme de qualité de papier, de format et de traduction.

La suite n’est pas en reste. L’éditeur a bien cerné la problématique autour de l’implantation de DC en France, et essaye dans chacun de ses ouvrages d’être “Reader friendly”. Ainsi parait DC comics Anthologie, un énorme volume contenant des épisodes essentiels ou mythiques dans l’univers DC, et ce, sur une période allant des années 30 à nos jours. Un volume parfait pour débuter, même si les premières aventures de Superman et ses potes risquent de piquer un peu les yeux.

Dc Comics Anthologie: Un ouvrage fabuleux

Je ne vais pas détailler chaque album paru depuis janvier. Sachez simplement qu’Urban continue de sortir du kiosque, reprenant certaines séries (batman entre autre) là où panini l’avait laissé, avant de partir sur la relance globale de l’univers. Tous les titres ne seront pas traduits, il y en a trop et de qualité variable, mais ces titres paraitront, pour certains en kiosque (batman dans son mag, green lantern dans son mag, et un troisième mag ), pour d’autres en librairie (Action comics par exemple).

En librairie, Urban propose des parutions de qualité et annonce quelques belles initiatives: Batman: année un de Frank Miller et David Mazzucchelli accompagné du dvd de son adaptation en film d’animation pour juillet, Batman Arkham City, la bd du jeu avec le jeu, une flopée de titres inédits et de rééditions attendus depuis longtemps (Top Ten d’Alan Moore, Les seigneurs de Bagdad, Nou3).

Sachez enfin que tous les albums ou mag que j’ai pu lire contiennent du rédactionnel, sensé aider les lecteurs perdus. Le contexte est régulièrement re-situé, les personnages sont expliqués. Mieux, Urban prépare une édition en plusieurs tomes du passage intégral de Grant Morrison sur Batman, une saga riche et complexe qui serait explicitée par des notes et explications d’un expert en la matière. Cette initiative ne sera pas la seule et même si j’ai déjà ces titres chez moi et que je pleure de ne pouvoir les acheter de nouveau, je trouve l’initiative excellente.

Knightfall, une saga inédite de Batman, faisant écho au prochain film de Nolan sur l'homme chauve-souris

Vous aurez compris, je suis plus qu’enthousiaste. Le passage entre Panini et Urban m’a franchement effrayé, je pensais que ce serait le chaos, j’avais peur que l’initiative ne prenne pas, que les parutions soient moins bonnes, mais je ne peux que constater l’inverse et vous inciter à vous ruer sur ce que sort cet éditeur.

http://www.urban-comics.com/


Star Wars la trilogie classique en Blu-ray

C’est l’événement de ces 30 dernières années: pour la première fois au monde, j’ai acheté la trilogie classique de Star Wars. Je dois avoir vu chacun des trois films une vingtaine de fois, dans toutes les versions possibles: enregistrement Vhs des films originaux , Vhs de l’édition spéciale, dvd, en vf, en vo… Mais jamais je n’avais acheté un de ses films. C’est maintenant chose faite.

Si je viens vous parler aujourd’hui de star wars en Blu-ray, ce n’est pas pour vous présenter ces films, ni pour vous donner mon avis de fan nostalgique, mais pour parler un peu de ce qui entoure cette sortie, ce que l’on peut trouver dans le coffret, et ce que donne cette saga en hd.

Pour évacuer rapidement le sujet, je ne traiterais de la trilogie moderne que dans ce court et unique paragraphe: cette trilogie n’existe pas, elle n’a pas de raison d’être, elle est ni faite, ni à faire, inutile de perdre son temps avec ça. La seule et unique raison qui m’a poussée à préférer le coffret simple de star wars classique au coffret intégral rempli de bonus, ce n’est pas le prix mais la présence de ces trois non-sens filmiques dans la boite.

Luke: De quoi il parle? Han: De rien, t’occupe…

Bien, passons maintenant à quelque chose d’intéressant. Que peut-on trouver dans ce joli petit coffret trois blu-ray disc? Et bien trois films, avec des commentaires audio intéressants (en tout cas dans le 1er quart d’heure du premier film; c’était super intéressant) et… C’est tout. Oui, je sais, c’est un peu léger. Mais bon, on est pas là pour regarder des mecs jouer avec des maquettes ou s’auto-congratuler, mais pour voir des mecs faire péter des étoiles de la mort.

De ce côté-là, on est servi, on voit bien les mecs faire péter des étoiles de la mort, on voit même très bien, l’image est hallucinante de netteté. Certains pesteront, parce qu’on perd un peu le grain de l’image d’origine. Si dans l’absolu je suis d’accord, je leur conseillerais quand même de retourner voir leurs rip Vhs de la diffusion datant de 1987 sur la cinq, celle ou on ne distinguait pas le visage des personnages, celle ou on passe Dagobah en avance rapide parce que l’image est trop sombre… Bref, je trouve que c’est un sacré beau boulot.

Darth: On voit même la poussière sur mon casque, bordel!

Un des plus, de cette édition HD, et par extension, de la pureté de l’image de cette édition, c’est qu’elle permet de bien distinguer les couches successives de rajouts de Monsieur Lucas. Et là nous abordons un point sensible, une question essentielle. Elle est en moi depuis des années, mais elle a surgi avec ce dernier visionnage: quand est ce que ce mec a basculé?

Cette édition permet de dégrossir la question: on se doute qu’il s’est passé quelque chose de grave au moment de l’édition spéciale en VHS. Il suffit de voir la qualité déplorable des scène rajoutées. Elles sont assez faciles à distinguer, ce sont celles qui ressemblent à des cinématiques en image de synthèse d’un jeu sur Sega saturn. Si ces scènes étaient simplement déplorables par leur niveau technique, mais elles se payent le luxe d’être parfois insignifiantes; ce qui peut poser un problème de rythme au film; et parfois totalement insupportable. (là c’est le moment où vous vous remémorez la scène chez Jabba, où la grosse bestiole se met à chanter)

Je n’arrive pas à comprendre comment un mec avec autant de bonnes idées, a pu détruire sa création. Comment peut-on passer du retour du Jedi à la menace fantôme? (pardon j’arrête) Comment peut-on proposer aux gens, un scène aussi géniale que la scène d’introduction du retour du Jedi, et décemment se dire qu’il va y avoir une plus-valu au fait de foutre une grosse morue en images de synthèse qui tape le show en plein milieu? Pour moi, ce mec n’a plus toute sa tête, ou alors je ne sais pas, il n’a pas de recul, c’est comme Mickael Jackson: personne ne lui a dit que se transformer en zombie c’était pas cool? Ces mecs sont super mal entourés, je crois que c’est ça le fond du problème.

Chico: Brouwaaaah! Han: Ta gueule...

Contrairement à certains détracteurs, je ne pense pas que tout est à jeter, certains passages sont réussis, je pense aux changements d’effets de lumière pour la cité dans les nuages ou dans d’autres moments de la saga, je pense, à des détails sympathiques, et discrets. Mais dans la globalité, chaque rajout est une trahison de plus pour le fan de la première heure qui aimait ces films dans leur première mouture.

Personnellement je me suis retrouvé dans une situation étrange: j’ai regardé ces films, j’ai apprécié chaque moment, chaque épisode, avec une légère préférence pour le second, mais bon c’est normal on atteint des sommets de cinéma… J’ai été globalement satisfait par mon achat, mais je n’ai pas pu m’empêché de me dire que j’aurais préféré une édition originale avec cette qualité d’image. Une édition avec ses défauts, une édition ou un plan de maquette ne succède pas à un plan en image de synthèse des années 90, pour se conclure avec un plan en SFX hd ultra réaliste. Une édition où Jabba n’arrive pas dans le 1er film, où les raccords ne sont pas faits à la machette. Un film avec un scénar qui conserve des zones d’ombre. Un film enfin où Anakin n’est pas le seul à rajeunir quand il va retrouver Obi-wan et Yoda…

Lucas: Je vous ai bien niqué!

D’une certaine manière, je me sens dépossédé de mes films. Je ne pourrais jamais dire à Lucas combien je lui suis reconnaissant d’avoir engendré un univers aussi énorme. Mais je pense qu’il faudrait le mettre sous tutelle avant qu’il ne se rende compte qu’au final ses modifications n’ont servi à rien, que ses films ne sont raccord avec rien, qu’il a sabordé son navire, avant qu’il ne décide de retourner toute la saga avec des Ewoks en 3d. J’ai dans ma vidéothèque, une éditon blu-ray de Rencontres du troisième type. Un film magnifique qui a subit au court des ans, de multiples modifications. Ce coffret propose de toutes les découvrir. Une offre louable, sincère et honnête, qui laisse le choix au spectateur.

J’aimerais avoir le choix.


En bref, les chroniques flash

Afin de faire face à une actualité chargée dans un grand nombre de domaines, je me vois dans l’obligation de vous pondre une série de chroniques rapides comme l’éclair. Allez hop on se dépêche!

Jeux vidéo: Gears of war III sur xbox360

Les gears sont de retour pour mettre fin à la guerre contre les locustes. Le blockbuster de Microsoft est en forme avec des graphismes de qualité et une action non-stop. Humour gras, gros fusils et massacre en règle au programme d’un jeu triple xl. Rayon nouveautés, veuillez noter s’il vous plait, l’arrivée d’un mode coopération à 4, un mode horde revu et corrigé, avec notamment la possibilité de construire des pièges et de jouer les locustes. Un jeu complet, bien ficelé qui ravira les fans de fusillades viriles.

BD: Wildstorm deluxe: The authority tome 2 par Millar et Quitely

Il y a un an sortait le tome 1 du wildstorm deluxe consacré à The Authority. Ce recueil nous présentait le run complet de Warren Ellis, le créateur de la série. Panini continue de remonter le temps et nous livre aujourd’hui la suite qui fut dirigée à l’époque par Mark Millar, le mec à qui l’on doit des trucs aussi cool que Wanted ou Superman Red son, mais aussi des trucs bof comme Kick ass…

The Authority tome 2 n’est pas toujours aussi efficace que le tome 1 mais nous réserve de grands moments. Globalement, c’est bien écrit, les personnages sont vraiment énormes, la violence monte clairement d’un cran et l’humour est bien plus trash. Malgré tout il manque Jenny Spark et la folie d’Ellis… Un comics à lire si vous voulez du super héros qui vous fait réfléchir à ce que pourrait être un super héros pour de vrai…

Musique: A Dramatic turn of Events – Dream theater

Le nouveau dream est arrivé. Exit les messes noires et les donjons humides. Exit aussi Portnoy, le batteur et fondateur du groupe. Mais Mike Mangini assure bien la relève et singe totalement le style Portnoy. Un album sympathique, avec quelques morceaux accrocheurs, même si le souffle de folie des débuts n’est plus là.

DVD: Gantz Le film.

Film japonais adapté du Manga éponyme. On y suit les aventures de Kei, un jeune étudiant effacé qui, suite à un accident mortel, se retrouve avec d’autres gens dans un appartement ne contenant qu’une étrange sphère noire. Ils vont se retrouver à devoir lutter contre des Aliens en portant des combinaisons qui décuplent leurs forces. Les liens se créent entre les personnages, on découvre petit à petit le pourquoi du comment de la chose, et surtout ça charcute à tour de bras. Âme sensible s’abstenir! Le film est bien foutu et les effets spéciaux, bien qu’inégaux sont plutôt propres. Il y a de la tension, de l’émotion et pas mal de combats bien foutus. Au chapitre des défauts, on notera un léger problème de rythme, avec des scènes d’exposition trop longues et des dialogues à rallonge tout au long du film. On observe aussi une tendance générale à lisser le caractère subversif du manga d’origine. En effet le film est bien plus gentil que le manga, la violence est franchement plus soft, les caractères des personnages sont moins politiquement incorrect et il n’y a pas la moindre scène de fesse (à part quand la fille du film arrive, mais c’est tellement gentillet…) alors que le manga est super déconné sur le sujet… Bref un film sympa, pas révolutionnaire, à réserver, je pense, aux fans du manga ou de l’anime.

Voilà pour ce petit tour de l’actu! On se retrouve bientôt pour un article complet.


No sex

Depuis quelques années, au Canada, une famille expérimente l’éducation de ses enfants en utilisant le concept de no sex. Rien à voir avec une quelconque abstinence. Leurs enfants sont simplement élevés sans sexe, pas de sexe biologique (homme/femme) qui pourrait engendrer des comportements typiques d’un genre sexuel (masculin/féminin).
Un courant venu des Etats-Unis, les gender studies, étudie les relations et les corrélations entre le sexe physiologique et genre sexuel*1, venant tout droit du féminisme et démontrant qu’il est inutile de pouvoir espérer une égalité homme/femme car admettre une différence de sexe revient à accepter le patriarcat, l’asservissement des femmes, etc.*2 et donc la domination masculine.
«Je ne nie pas la différence des sexes, mais je cherche à comprendre pourquoi, en son nom, on a construit un système inégalitaire et discriminant.» explique Françoise Milewski*3
Alors forcément si tout est foutu dès le départ, pourquoi ne pas utiliser cette solution d’oublier la séparation de la société en deux sexes, faire comme dans le couple de Kathy et David et laisser aux enfants le choix de devenir ce qu’ils voudront. Ainsi leur aîné (âgé de 5 ans) porte indifféremment cheveux longs et robe que coiffure courte et pantalon…
Cela afin de lutter contre les standards qui font qu’un garçon doit jouer à la guerre et ne surtout pas pleurer et qu’une fille doit s’amuser avec des Barbie et s’habiller de rose.
Le genre, appelé dans l’article du Point, « le sexe social », qui définit les conduites que l’on attend habituellement d’un homme ou d’une femme. Selon la journaliste, l’individu « devrait pouvoir choisir de devenir un homme émotif adorant faire le ménage ou bien une femme amatrice de rugby, reine de la lecture de cartes routières, ou l’inverse, ou les deux, ou l’un après l’autre, ou tout à la fois »*4

En lisant cette enquête, je comprenais mais je ne me sentais pas très concernée. Depuis toujours, je n’ai pas ce sentiment d’être enfermé dans mon sexe – social ou biologique. Je me sens moi. Moi, petite qui aimait jouer aux Lego comme aux micro-machines mais qui avait pourtant des poupées Barbie. Moi plus vieille qui aimait autant aller au stade voir un match de foot dans un virage que danser en boîte. Qui lit correctement les cartes routières mais qui aime faire à manger. Jouer aux jeux vidéo ou lire un Marc Lévy. Et pourtant je ne me suis jamais posée aucune question du style « mais suis-je bien une femme ? », je n’ai jamais subi de réflexions parce que je jouais aux Lego, je n’ai jamais été exclu d’un clan comme d’un autre malgré des activités opposées. Il me paraît stupide de penser que j’ai pu être la seule à avoir un tel schéma éducatif. Car tout vient de là et mes parents ne m’ont jamais forcé à faire de la danse parce que les filles font ça ou à arrêter tel jeu car c’était un jeu pour garçon. Je me sentais libre. Et je me sens toujours libre aujourd’hui. D’aller voir un film de guerre ou me faire les ongles, ou les deux en même temps.
Mais ce qui me gêne dans cette expérimentation d’être éduqué no sex, c’est que l’enfant risque de ne plus savoir où il en est justement, il n’y a plus de construction d’identité sexuelle alors que pourtant il est bien né avec un seul sexe biologique. Je pense que cette solution est un brin trop radicale.
Il me semble possible d’élever un enfant avec un sexe biologique bien défini tout en lui laissant la liberté de choisir des activités qui ne dépendront pas d’un quelconque sexe social.
Et vous que pensez-vous de cette nouvelle façon d’éduquer ? Dans l’avenir comment se présenterons ces enfants ?

*1 Gender studies, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gender_studies
*2 La famille où les enfants n’ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez
*3 La famille où les enfants n’ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez – Françoise Milewski est économiste au centre de recherche en économie à Science Po
*4 La famille où les enfants n’ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez


Les festivals de musiques actuelles face à la crise ?

Il paraît que la crise économique est désormais derrière nous et que 2010 devrait montrer quelques signes encourageants. Mais cette nouvelle année ne résoudra pas tous les problèmes antérieurs, comme la crise du marché du disque par exemple. Alors que les festivals semblaient faire exception dans le domaine de la musique, le constat est implacable : même les grands en pâtissent.

                           
                                    (Furia Sound Festival, Cergy-Pontoise)

C’est devenu l’ultime phrase habituelle lancée au public à la clôture d’un festival, où que vous soyez : “on espère vous dire à l’année prochaine !”. Les programmateurs ne cherchent pas à faire un quelconque suspense en la déclarant, nous sommes bien au contraire face au reflet de la situation financière des festivals de musiques actuelles à la veille d’attaquer la saison 2010.

En 2009, les résultats annoncés n’ont pas été à la hauteur : dans un premier temps les salles de concerts, à Paris comme en Province, ont tiré la sonnette d’alarme avec une baisse de fréquentation globale. Alors que 2008 semblait avoir donné un second souffle aux organisateurs français, le prix des billets et la baisse du pouvoir d’achat ont, du côté du consommateur, pris le dessus. Tendance confirmée par l’étude statistique menée par l’Irma sur les recettes de billetteries déclarées au CNV, la baisse est de l’ordre de 12% pour l’année écoulée.

Plusieurs raisons liées à cette baisse d’affluence : un prix oscillant entre 15 et 25€ pour des artistes jouant entre 1h15 et 1h45 à tout casser dans des salles moyennes (jusqu’à 200-300 places), puis des fourchettes tarifaires s’envolant pour des salles type “Zénith”. A l’heure où les groupes favorisent une plus forte présence sur les routes pour palier leur manque à gagner, on observe aussi une carence au niveau du renouvellement artistique au cœur d’une même tournée… Tout le monde a ses groupes de prédilection qu’il ne manquerait pour rien au monde, mais force est de constater que la plupart proposent un show très linéaire, quasi identique d’un soir à l’autre. Dur de se renouveler lorsqu’on enchaîne les concerts mais une constatation qui ressort de plus en plus. Constat qui s’accompagne également des revers de médaille issue  de la nouvelle réglementation du tabac dans les bars et salles de concerts qui discrédite la convivialité d’un site. Fyfy, responsable de la TAF à Montpellier, nous le confirmer encore : le cas se généralise.

A contrario de ces résultats, les festivals français s’en sortent mieux. A quel prix, avec quelles forces ? Et surtout, est-ce un constat unanime ? A l’heure où de précédents rapports montraient la bonne santé des festivals du pays en 2009, on tient aussi à souligner le manque de discernement entre les évènements : Parlons-nous des “gros” festivals ou ceux de toutes catégories ?

                         
                                       (Festival Rock-en-Seine, Paris)

Premier exemple systématiquement cité, Les Vieilles Charrues. Festival mythique, immanquable… mais aussi hors contexte ! Pour la 18e édition en 2008, le programmateur Jean Jacques Toux disait “On est obligés d’avoir de gros artistes pour faire venir les gens” concernant la venue de Springsteen. Le plus gros cachet de l’histoire du festival venait de voler en fumée…
A travers cette citation, tout est résumé : cette année Les Vieilles Charrues vont compter Muse, rien que ça, comme tête d’affiche. Le gros coup a été senti, l’opportunité saisie. La programmation est déjà “évènement”. Plus de 200 000 festivaliers pour 6 000 bénévoles, une couverture médiatique imbattable, nous avons affaire (rappelons-le) au plus gros festival de rock français.

Les aides publiques et privées peuvent alors s’en donner à cœur joie : là où Les Vieilles Charrues excellent, c’est rapidement le gros point noir d’autres festivals français . Par sa popularité, sa prestance et son ancrage, le versement des subventions y est nettement favorisé. L’attraction due à une ou plusieurs pointures internationales couplées à des révélations ne fait qu’entériner la chose…

Il y a en effet une énorme cassure entre les festivals capables d’accueillir plusieurs dizaines de milliers (voire centaines de milliers) spectateurs et les “petits” festivals locaux. Les crédits publics sont désormais moins concernés par leur financement, où mêmes les régions ne veulent plus s’hasarder sur des festivités qui ne sont pas certaines de faire le plein. Ces désengagements sont significatifs et réels, que ce soit en province ou sur la capitale.

Focus sur la région Languedoc Roussillon : plusieurs festivals ressortent, le premier est de loin Le Festival de Nîmes, fortement subventionné, mais qui mise tous les ans sur des pointures internationales en tête d’affiche avec les grands noms français du moment en ouverture. La programmation à peine dévoilée, il aura fallu moins d’une semaine pour que le taux de billets vendus soit aux environ de 70% dans sa globalité d’après le journal La Marseillaise. Ça se comprend, Mika, ZZ Top, -M-, Pink, Yuksek, The Gossip, Jamiroquai, Wax Tailor, Mark Knopfler, Iron Maiden vont se succéder en terre gardoise cet été, et la programmation est encore incomplète !
Il faut dire que c’est de loin l’évènement de l’année que Nîmes ne doit rater : une programmation échelonnée sur plus d’un mois, une ville réquisitionnée pour répondre à la hauteur des festivités et une belle publicité touristique à la clé. L’intérêt des collectivités est considérable dans l’optique où cette série de concerts se déroule dans les mythiques Arènes romaines de Nîmes,  les retombées économiques sont multiples : musicales, touristiques et participent à l’essor du développement local.

Mais à l’heure de faire les premiers bilans d’avant saison, la région est déjà amputée du Rock Fest de Narbonne, qui n’aura pu fêter qu’une seule édition en 2009. Plus de 400 000€ investis par 4 producteurs, 61 salariés, 200 bénévoles, 10 000 spectateurs pour la grande première, puis ensuite poussés gentiment vers la sortie faute de nouvel accord avec la mairie. Au départ ayant annoncé une version plus “light” que 2009 par manque de moyens,  le verdict est tombé le mois dernier : il n’y aura tout simplement pas de nouvelle édition en 2010. A une échelle encore plus réduite, les “petits” festivals rassemblant, eux, que quelques milliers de personnes. Festcoubille, Chapiteuf, Les Rocktambules, La Meuh Folle… des noms qui commencent à s’afficher dans la région mais aussi en sursis. Là où 2009 avait étonné par le lancement de nombreux festivals locaux (c’est au moins un des chiffres à la hausse),  beaucoup ont déjà jeté l’éponge pour 2010.

                         
                                     (Festival Les Rocktambules, Rousson)

Au-delà de cette observation des baisses de financements publiques, on ne peut pas nier non plus la multiplication notable du nombre d’évènements. Le clivage est ainsi renforcé.

De façon globale, on assiste à une nouvelle direction des financements : le système de convention est en effet revu. Figé depuis la crise, on se dirige vers une mise en relief des aides privées. Hic, la France apparaît clairement en retard par rapport à ses amis étrangers. La France a beaucoup de difficultés, surtout pour les festivals “petits” et “moyens”, à faire appels aux partenaires privés, qui en plus se montrent assez frileux.

Et même les grosses machines sont touchées :

Le Furia Sound Festival en région parisienne à Cergy a lui aussi subit le même revers. Un passage de trois à deux soirs pour avoir été trop gourmand, puis une édition 2009 également en dessous des attentes. L’édition 2010, pendant longtemps incertaine, a finalement été officialisée il y a peu de temps avec quelques précisions : la ville de Cergy-Pontoise ainsi que l’agglo ont tout simplement lâché le Furia, ce qui correspond à 400 000€ en moins, soit 35% du budget. Une future programmation qui aura donc du mal à rivaliser avec Les  Solidays ou plus tard Rock en Seine. Obligé donc de se tourner vers des partenaires privés…

D’un même ordre de grandeur, le Festival Skabazac à Rodez, évènement de chaque mois de Juin. L’anniversaire des 10 ans en 2007 avait battu tous les records et offert plus de sérénité au plus gros rendez-vous du Sud de la France, mais la onzième édition a fait de nouveau tanguer le navire : 20 000 personnes déplacées au lieu des 23 000 espérées, et c’est un déficit de 130 000€ qui obscurcit l’horizon de Skabazac selon La Dépêche.
Un véritable clash politique s’en est suivi concernant le Conseil Général dans son rôle et son investissement culturel, avoisinant les 3% engagés. Suite à de nombreuses négociations, l’édition 2010 aura finalement lieu avec un conseil général et une commune de Rodez main dans la main, donnant chacune 30 000€ à l’association en difficulté : mais avec 40% des groupes en moins, une affiche bien moins alléchante, et déjà beaucoup de festivaliers qui resteront finalement à la maison…

Ces exemples ne font que confirmer une règle qui devient de moins en moins une exception : les festivals ont des programmations qui tendent à l’uniformisation de ses têtes d’affiches, l’aspect “exceptionnel” de la venue d’un groupe devient la tendance attractive de l’évènement et creuse ainsi le fossé entre les différents festivals. La différence de cachets entre les artistes tend à l’augmentation où les organisateurs ne vont plus hésiter à miser une grosse partie du budget sur les têtes d’affiches… Et pendant ce temps, les intermédiaires ou émergents subissent une augmentation générale. Dur de faire la part des choses, surtout lorsque les raisons de cette hausse sont liées à la baisse des revenus issus de la vente des disques…

                         
                                     (Festival Les Vieilles Charrues, Carhaix)

Alors que certains tendent à dire que les festivals français se portent bien, il faut avant tout que les volontés des collectivités tirent dans le même sens et ne favorisent pas les grands évènements en priorité. Il ne faut pas oublier les retombées culturelles de telles festivités, mais aussi touristiques et économiques…
Certains offrent du rêve, d’autres sont partis, et une majorité espère passer 2010 indemne.

La crise vient de rattraper les festivals…

Également disponible sur Le Musicodrome ainsi que sur Discordance.fr


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