Archives de la Catégorie Sur Scène

Rock en Seine 2011 – jour 1: Biffy Clyro, CSS, The Kills, Foo Fighters

Pour ma 1er édition du festival Parisien, j’ai décidé de me contenter de ne participer qu’à la 1er journée de concerts.

Foo fighters pèse lourd dans le choix du jour, mais ce n’était pas le seul groupe intéressant de la journée: Herman Dune, Death in vegas, The Kills, Biffy Clyro… La journée promettait d’être épique. Compte rendu.

16h15 sous un ciel maussade, Biffy Clyro ouvre le bal (quelques groupes ont chauffés les lieux mais la foule compacte m’a empêché de flâner du côté des scènes plus modestes), je ne connaissais pas le groupe, mais je n’avais entendu que du bien de ce groupe écossais. Autant vous dire que je n’ai pas été déçu. Biffy Clyro nous a servi une prestation efficace, du rock bien énervé et bien construit. Je ne vous citerais pas les morceaux que le groupe a joué ce jour-là puisque je ne les connais pas, mais je peux vous dire que la prestation, aussi courte soit-elle (environ 1h20) m’a convaincu de m’intéresser à la discographie du groupe.

A peine le groupe a t il quitté la scène que la pluie s’invite au festival, vite, un pub qui sert des bières à 8 euros…

Une fois la pluie passée, nous nous dirigeons vers la grande scène. Il est 18h mais la foule commence déjà à s’amasser, peut-être est-ce CSS qui mobilise les troupes.

CSS démarre son show, sorte de rock electro pop Brésilien… Non vraiment j’espère que ce n’est pas ce groupe qui masse les foules devant la grande scène, c’est horrible. Passons le fait que la chanteuse (immonde) chante faux… Non en fait non, c’est le principal problème de ce groupe : la chanteuse chante horriblement faux! J’en ai donc profité pour m’éclipser aux toilettes… De retour 45 minutes plus tard, une barquette de frite à la main, je n’ai rien croisé qui puisse accrocher mon oreille, même Herman Dune n’a pas réussit à me motiver. CSS m’inflige encore deux trois morceaux puis s’en va (enfin). Je retourne dans la foule pour The Kills.

Alors comment expliquer qu’après un morceau de The Kills, je me sois éclipsé de nouveau aux toilettes ? Le froid surement, l’envie de profiter pleinement de Foo Fighters le moment venu ? Oui, il y a de ça. Sinon on peut ajouter le fait que The Kills, c’est surement très sympa dans une petite salle, ou à écouter au casque chez soi, mais dans un festival où on a un tant soit peu envie de faire la guerre, The Kills, c’est mou du genou, et puis moi, un groupe de Rock qui se ramène sans batteur sur scène, je valide pas… C’est trop facile, ça donne pas envie. Prestation correcte mais hors de propos. SUIVANT!!!

Il est 21h45, il fait nuit, il ne pleut pas, la foule est compressée devant la grande scène, au bas mot, 60 000 personnes venu voir Dave et ses potes pour leur unique date en France. La tension est palpable, on est bien au centre, pas devant mais pas loin. On est prêt, le show débute.

Bridge burning démarre et la guerre commence, la foule s’agite, c’est juste n’importe quoi ! Pendant plus de 2h, les Foo Fighters vont calmer tout le monde, en déversant un flot de tubes d’une efficacité prodigieuse. Jamais une setlist n’aura été aussi efficace: aucun morceau à jeter, tous les essentiels y passent, Rope, The Pretender, Learn to fly, Monkey Wrench, My Hero, Everlong, Let it die, All my life, Breakout, White limo (qui je n’apprécie pas sur l’album et qui prend tout son sens ici, sur scène), Arlandria, These days, Walk, et bien d’autres dont j’ai oublié le nom. Le leitmotiv du groupe ce soir là : Jouer tant que les organisateurs ne leur disait pas de partir.

Le groupe nous a porté pendant 2h, sans faiblir, un privilège rare qui montre le poids qu’à ce groupe. Le concert s’est terminé en apothéose, et c’est sur les dernières notes du dernier morceau que la pluie s’est invité au spectacle… Magique.

Petite vidéo bonus:


Live Report de Chinese Man au Rockstore de Montpellier

Il y a des billets tombés du ciel dont on ne trouve pas l’origine. Le passage de Chinese Man au Rockstore de Montpellier fait partis de ceux-ci. Sans photographe, nu comme un ver, Discordance part pourtant à l’assaut des chinois marseillais for Rancing With The Sun.

                             

On tient toutefois à vous présenter les 26 raisons d’aller au concert… Entre les morceaux joués, l’ambiance ressentie et quelques anecdotes, vous méritez bien d’en savoir un peu plus. Soyez attentifs !

L’abécédaire de Chinese Man :

A. Comme “Artichaut”
Il fait partie des morceaux mémorables du Chinese Man. Présent sur la première galette The Groove Session (2007), il mélange astucieusement une électro swing cuivrée qui a littéralement fait soulever le Rockstore en milieu de set. Ce délire jazzy a été accueilli de manière admirable par le public qui s’est vu propulser en pleine Nouvelle Orléans dans les années 20 le temps de quelques minutes. Un régal.

B. Comme “Bunni Groove”
Les Chinese se sont régalés dans le mélange des styles, et c’est aussi ça l’une de leurs marques de fabrique. L’art des choix, une symbiose implacable qui s’est ressentie sur toutes les compos. Bunni Groove est arrivé en fin de concert, mais ses rythmes endiablés de reggae, de percussions et de musiques traditionnelles africaines n’ont fait qu’entériner une ambiance déjà à son apogée. Une explosion de sonorités, pleine de vie, est venue s’emparer des écrans. Chaque note signifiant un nouveau motif, la créativité et variété des effets visuels a été tout simplement débordante. Constat similaire pour Ayoyo, Chinese Man n’a pas hésité à jouer ses “pépites” inspirées des musiques africaines pour construire son set ou celles plutôt Latines sur Jumpin’in Havana.

C. Comme “complet”
Pour la deuxième fois consécutive, les Chinese Man ont encore fait complets au Rockstore. Cela avait été la même chose en 2009 juste après la sortie de The Groove Sessions Volume 2. La côte de popularité n’a décidément pas baissé du côté des Montpelliérains. Le concert était en tout cas complet dès la semaine dernière, avant même la sortie de leur nouvel album Racing With The Sun !

D. Comme “diversité”
Elle est là la richesse du groupe. Chinese Man ce n’est pas qu’un groupe de DJ’s. Loin de là. C’est une réelle créativité sonore qui mélange les goûts et les couleurs entre du dub, dubstep, drum’n'bass, reggae, jazz, musiques africaines, indiennes et hip-hop. Un voyage aux mille saveurs.

E. Comme “enchainement”
Il y a des morceaux que le public attend toujours avec une certaine impatience. Chinese Man a particulièrement enchanté les spectateurs à deux reprises en enchainant deux “hits” coup sur coup. Chose plutôt rare en temps normal, les groupes aiment bien en garder sous le coude pour le rappel. La bombe vrombissante Miss Chang a ainsi vu Skank In The Air et son dub fracassant lui répondre, pendant que le hip-hop Washington Square succédait à I’ve Got That Thune et son phonographe. Mémorable.

F. Comme “Le feu”
C’est un des enseignements de la soirée, les avis sont unanimes : Chinese Man a mis le feu au Rockstore durant presque 1 h 45. L’ambiance a été de loin à la hauteur du show proposé !

G. Comme “Get Up” Get Up fait parti des nouvelles compos de Racing With The Sun. Ce morceau est surtout un énorme brûlot et s’affirme déjà comme un des piliers de l’opus. À travers cet état d’esprit far-west insufflé dans l’album, le hip-hop de Lush One et Plex Rock fait échos à des basses vrombissantes où des samples de banjo font un sacré effet. Douce influence de Ex-I au chant, ce morceau est une pépite à lui tout seul. En live, il gagne en puissance et en dimension. Incontournable.

H. Comme “hélas”
Une pensée pour les nombreux amateurs du groupe qui s’étaient postés devant le Rockstore avec des affichettes “recherche place à vendre” pour le concert du soir…

I. Comme “In My Room” Chinese Man a joué pas mal de morceaux de sa dernière galette, le très réussi In My Room a fait parti des heureux sélectionnés. Un trip hop distillé sans excès pour laisser place par intermittence à des moments plus calmes, Chinese Man a fait preuve de beaucoup de maitrise pour gérer les temps forts, mais aussi les parties plus portées sur des phases instrumentales. Les cuivres ont en tout cas gagné quelques partitions, on ressent un petit “côté western” fort sympathique dans la salle avec des animations immenses derrière les maîtres en leurs domaines… On a pu remarquer à plusieurs reprises des lumières oscillant entre le jaune, le rouge, l’oranger en laissant place à un grand désert traversé par des ballots de foin. Des ballots de foin en forme de smiley.

J. Comme “J.O.G.J.A” J.O.G.J.A symbolise le seul morceau un peu en dessous du set, comme sur l’album d’ailleurs. Un mélange de dub, drum’n'bass et musiques traditionnelles indiennes qui n’est pas sans rappeler l’univers des Asian Dub Foundation. Vraiment très proches musicalement de ces derniers, J.O.G.J.A n’a pas fait baisser l’intensité du show, mais n’était peut-être pas forcément nécessaire à jouer… À propos des sonorités indiennes, If you please s’est montré beaucoup plus convaincant et surtout plus boostant.

K. Comme “Kdo”
Eh oui, petite surprise en fin de concert de la part des Chinese Man ! En plus de nous avoir offert un superbe show, on a droit à un dernier cadeau pour la route… Chut, on ne dira rien, à vous d’être curieux !

L. Comme “lapin”
Cette année 2011 est placée sous le signe du lapin du côté de la Chine… High Ku, SLY et Zé Mateo nous ont ainsi concoctés un décor 100% made in China !

M. Comme “mise en scène”
Nouvelle tournée donc nouveau décor. Les Chinese Man ont encore soigné leur mise en scène pour renforcer leurs penchants vers l’Orient. Un immense écran fait office de fonds au trio marseillais, les couleurs sont chaudes et les vidéos projetées sont toutes aussi travaillées les unes que les autres. On appréciera le système de caméras disposées au-dessus des DJ’s qui renvoient de temps à autre des images “live” de leurs prouesses, comme si le public était propulsé quelques secondes au-dessus des platines. Ces dernières reposent d’ailleurs sur des cubes de bois doté de paravent transparent très “chinois”. Les jeux d’ombres dès que les Marseillais s’agitent derrière leurs machines ne font qu’accentuer le show.

N. Comme “nymphose”
Transformation d’une larve d’insecte en nymphe.

O. Comme “One Past”
C’est le premier morceau qui lance Rancing With The Sun. Un reggae dub percutant transpercé par des “One past” et surtout par des claviers qui ont donné le ton aux cuivres pour faire bouger les têtes !

P. Comme “Pudding”
Et pourquoi “pudding” ? Car Chinese Man a frappé un très grand coup juste après le rappel : on se demandait bien ce que pouvaient bien nous proposer les Marseillais puisque tous les morceaux incontournables avaient déjà été joués… C’était sans compter sur le célèbre remix du Pudding à l’Arsenic tiré du dessin animé d’Astérix et Cléopatre. Mythique passage du film, les Chinese en font une nouvelle recette à coup de reggae, de drum’n'bass et de hip-hop. Une mayonnaise épatante, décoiffante chargée d’intensité qui fit chanter tout le Rockstore ! “Le pudding à l’arsenic, que mangeront les crocodiles, demain sur les bords du Nil… des gaulois !!”

Q. Comme “quête”
Pour reprendre une des phrases que m’a lancé Clélia, responsable promo du groupe, “Bonne écoute, et que l’esprit zen te garde”. Sacrée quête pour Chinese Man. Une course avec le soleil s’est déjà engagée…

R. Comme “rappel”
On a senti l’émotion dans les rangs de Chinese Man. Elle n’était pas forcée, au contraire, il y avait beaucoup de franchise. C’est une “standing ovation” qu’a reçu le groupe tout le long de son show, parfaitement maîtrisé, du début à la fin. Un public franchement en jambe, très réceptif, qui s’est laissé guider durant ce voyage. Trois rappels au menu, dont le très indien Calling Bombay, pour finalement revenir une derrière fois alors que la salle se rallumait. Vue la soirée, impossible que Chinese parte comme ça, ils se sont sentis obligés. Rancing With The Sun a pu être joué une seconde fois, double dose pour un concert qui n’aurait jamais voulu s’arrêter.

S. Comme “Stand !”
Courte, mais intense vague de dubstep/hip-hop sur la nouvelle compo Stand! on a ressenti quelques influences des Lyonnais d’High Tone dans l’effet des sirènes orientales avant que le flow de Plex Rock chasse les doutes.

T. Comme “trois”
C’était seulement la troisième date du Racing With The Sun Tour. Pas de doute, elle est déjà rodée !

U. Comme “unanime”
Il est clair que le public montpelliérain a été unanime sur le show des Chinese Man. Racing With The Sun est un album mûr qui s’écoute très bien à la maison tout en étant taillé pour le live. Unanime !

V. Comme “voyage”
Les images et vidéos diffusées durant le concert mélangent astucieusement des clichés piochés dans le cinéma, des extraits “live” du concert même, des cartoons ainsi divers effets en tout genre. Efficace.

W. Comme “Wax Tailor” “Wax Tailor peut aller se rhabiller”. C’est une phrase attrapée au vol dans le public… Le maître du trip hop français, par les critiques du moins, semblait bien loin en ce samedi. Chinese Man a de quoi le faire douter.

X. Comme “xiexiè” Cela veut dire “merci” en chinois. Merci aux Chinese Man pour ce concert qui marquera les mémoires.

Y, Z. Comme…
À vous de trouver !

                       


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupe : Chinese Man
Date : Samedi 16 Avril 2011
Lieu : Rockstore (complet)
Ville : Montpellier (34)
Durée : 21h-22h45
Crédits Photos : PirlouiiiitConcertandco.com (tous droits réservés)
(Clichés pris l’avant veille lors du passage de Chinese Man au Dock des Suds de Marseille)
Egalement disponible sur : www.discordance.fr et sur Le Musicodrome


Live Report Deuxième soir du Festival la Meuh Folle : … la tempête !

La belle journée ensoleillée de samedi ne va pas tarder à s’achever. C’est surtout la suite et fin du Festival la Meuh Folle dans la capitale des Cévennes qui se dessine…  Mais avant de se dire qu’il va falloir attendre un an avant de retrouver ce lieu devenu si familier, quatre nouveaux groupes vont venir démontrer leur talent avec un but ultime : attirer les foules et boucler cette 8e édition “sans regret”.

                  

Inutile de se ressasser ce qui n’a pas correctement fonctionné la veille : si l’ambiance était au rendez-vous sur les différents groupes, la question de l’affluence restera l’une des problématiques majeures de cette édition. Si les Alésiens ont quelque peu boudé le vendredi soir, c’est un véritable raz-de-marée qui a frappé le Capra le lendemain : près de 2 500 personnes se sont déplacées pour assister aux performances des Ogres de Barback, Kaly Live Dub, Moussu T e lei Jovents ou encore Merci Marlène. C’est presque le double par rapport à la veille, et tout simplement un record d’affluence sur une soirée depuis la création du festival… Les visages se sont alors détendus, la pression est retombée. Soulagés, surtout. Il y avait déjà beaucoup de monde après les premières notes du groupe d’ouverture. Un signe qui ne trompe pas.

Merci Marlène : tout est dit dans le nom

Comme la veille, un sacré coup de chapeau au groupe local d’ouverture de soirée. Merci Marlène, à l’instar d’Afrorockerz, a lancé les festivités nocturnes comme on pouvait l’espérer. Le trio avignonnais s’est parfaitement fondu dans le moule de la thématique de la soirée : excepté la conclusion du samedi avec Kaly Live Dub, les trois autres groupes étaient baignés dans l’ambiance chanson française et world principalement. Maître Flo, Yann et L’ami Sèb’ ont ainsi voyagé entre les mondes de Mano Solo, des Ogres, de Louise Attaque ou d’Yves Jamait. Il y avait aussi du Comptoir des Fous dans ce que nous a proposé Merci Marlène. On ne peut pas dire que d’un point de vue musical ce jeune groupe nous ait envoyé une musique fraîche, nouvelle et créative, on était à une simple confluence de genres qui se fait énormément aujourd’hui. Une guitare sèche, une basse, une batterie et un bon micro, de quoi naviguer entre le rock et la chanson française avec une grosse dose d’humour (exemple flatteur sur Mari Lou) qui facilite la communion avec le public déjà présent. Il faut reconnaitre que le timbre de voix est également accrocheur, il y a un peu de la Mano Negra dans le rythme, ce qui aide rapidement l’esprit festif à se répandre comme sur Allô Paris. Une agréable surprise d’un point de vue intensité en tout cas ces trois p’tits gars.

Moussu T e lei Jovents : La Ciotat, la mer et les bateaux…

                   

Moussu T, alias Tatou, sévit depuis plus de 20 ans au sein du collectif marseillais Massilia Sound System. À chaque venue d’un des side projects, la popularité du groupe ou d’un projet solo est tout aussi remarquable. Mélange des tranches d’âges, l’esprit “Massilia” veille ! “Les papets, les minots, tutti dansé ! “. Reprenant ses traditionnels chants marseillais, les Provençaux ont quelque peu changé leur formule depuis leur dernier passage en terres gardoises : forts de leur dernier album sorti à l’automne 2010 (“Putan de cançon“), une touche rock’n'roll s’est ajoutée aux riches influences du groupe. Entre banjo, percus, batterie, guitare sèche et électrique, le ferry marseillais est prêt à quitter le port. Les morceaux incontournables des opus sont là : Mademoiselle Marseille“elle nous avait donné rendez-vous, mais on ne sait pas où !” ou encore A La Ciotat qui a le don de faire jumper le public. Des sonorités de blues, de musique trad’ sur Mar e montagna, Tatou manie toujours aussi bien la langue de Molière que l’occitan. Plus mélodieux, plus boulégant, toujours vêtu de son bleu de chine, le groupe a en tout cas pris une tout autre dimension sur cette nouvelle tournée.

Moussu T chante “sa” mer, à la façon de Massilia, “sa” Méditerranée si chère au bord du cabanon, les pieds dans l’eau… Ils n’hésitent pas à tanguer vers le rock’n'roll sur Ma rue n’est pas longue avant de nous souhaiter une bonne fin de soirée sur Bons baisers de Marseille. Il y a des racines à défendre, une certaine utopie à préserver, et sa Putan de cançon est toujours là pour la lui rappeler.

Les Ogres de Barback : une nouvelle tournée encore en rodage

                  

Si Moussu T avait attiré du beau monde, il est indéniable de reconnaître que ce sont bien Les Ogres de Barback qui ont fait déplacer les foules. Quatre ans après “Du simple au néant”, Les Ogres ont sorti la semaine dernière leur toute nouvelle galette “Comment je suis devenu voyageur”. Nouvel album et un décor flamboyant qui sert de fond à cette énième tournée. Une large armature de type cirque orne la moitié inférieure de la scène. Des sacs postaux sont accrochés à la cime des attelages, où différents faisceaux lumineux sont projetés. Il faut bien l’avouer : ça claque !

Toujours dans ses influences métissées, les lueurs sont douces et orangées. Les chansons sont imagées, on ne se lasse pas de la voix chaude et railleuse de Fredo, qui s’est d’ailleurs laissé pousser une belle tignasse. Le show est ouvert par le très bon Le daron, l’un des tout nouveaux morceaux “très rock” du groupe avant de jouer sur les mots avec Entre tes saints. Si les chansons sont entrainantes, l’album est vraiment sorti sous peu. Il manque encore ce rodage sur les compos, d’un point de vue public surtout. Pour les Ogres, le show est très carré, maîtrisé.

Beaucoup de morceaux de 2007 (Con et blasé, Ni dieu ni dieue…) et 2011 (Je ne suis pas courageux, Marcelle de Sarcelles…) ont été favorisés et c’est peut-être ça qui a “cassé” par moments le rythme et l’intensité du concert. En comparaison avec la dernière tournée, il manquait de cette folie de l’époque avec les morceaux mythiques tels que Au café du canal ou Accordéon pour les cons, curieusement oubliés dans la setlist. Une première partie du concert qui aura alterné passages à vide et temps forts.

On a toutefois apprécié les coupures de Fred pour lire des extraits de lettres, le concept restera fort original : à travers les passages lus, Les Ogres de Barback ont ainsi reconstitué l’histoire d’Alès à leur sauce, teintée d’humour et de revendication. Il y a eu de la recherche, ça se voyait. De quoi admirablement lancer le célèbre 3-0 qui fait le tour de France des villes, de leurs groupes phares, et de leurs portraits comiques. La mise en scène aussi, au passage. On a pu ainsi assister à des morceaux joués en hauteur, avec notamment Sam et Alice debout sur les armatures avec guitare et trombone…Et c’est sur Rue de Paname, plus qu’attendu, que des ballons gonflés à l’hélium ont pu s’élever par panache au-dessus de nos têtes.

C’est dans cette deuxième partie de concert que l’esprit festif des Ogres a commencé vraiment à imprégner la salle. Fredo nous a fait son traditionnel portrait de famille avec Grand-père, Grand-mère, Solène… en n’omettant pas Jojo. Sous les airs des Hurlements d’Léo, le groupe n’a pas oublié sa précédente collaboration. De quoi enchaîner Rue du temps et repartir de l’avant… Les cuivres reprennent le dessus, la soirée se fige. Du haut d’un drap suspendu, on a droit à eu danse acrobatique pendant que Les Ogres se dirigent vers la fin du set.

Une fin de concert en apothéose. Comme si l’intensité finissait par se saturer… On passe du jaune au rouge, de la douceur à la violence. Mais une violence positive. On croirait rêver, pourtant c’est bien la réalité : Les Ogres se mettent à chanter du NTM dans une effervescence généralisée ! Et pour enfoncer le clou, Salut à toi, déboule en version électro/drum’n'Bass ! Esprit punk es-tu là ? Un sacré hommage aux Bérus ! Vraiment surprenant, ces Ogres !

                  

Kaly Live Dub : le dub au pouvoir pour conclure l’édition

Après une telle soirée “à textes”, la Meuh a décidé de clôturer sa 8e édition sur des accents de dub électronique. De quoi finir en beauté un samedi qui a rameuté beaucoup, beaucoup de festivaliers. Les Lyonnais installent leurs machines, il y a un festival à enflammer une dernière fois. Puis un dernier opus à présenter aussi, en l’occurrence “Lightin’ the shadows” sorti à l’automne. Les potes d’High Tone ont décidé d’arpenter d’autres chemins : alors que les premiers sont plutôt partis explorer le monde du dubstep, Kaly Live Dub a préféré un retour aux sources après leur expérience dans le même genre sur Fragments. Un dub électronique old school qui s’oriente plus vers des sonorités reggae.

Et a contrario du Fragments Tour, Kaly a décidé de laisser ses tendances dubstep un peu aux vestiaires… Même s’il a été le genre dominant de la première partie du concert avec les très violents Cross Rullings, Cluster et Ravmone.exe. À l’énorme Wu qui a ouvert le set avant que les sonorités trip-hop d’Ez3kiel sur le titre éponyme Lightin’ the Shadows ne lancent définitivement la partie. Les tendances roots de Radical in the Vatical n’ont guère mis de temps à prendre le dessus, avant que le reggae ne fasse de plus en plus son trou. À la manière de Kanka, très dubby sound system, What a life a pris le relais. Les quelques variantes hip-hop ont pu être à l’honneur sur Conflicts, avec malheureusement une paire de beats en moins.

Pensant que Kaly gardait le “lourd” pour la fin, le groupe a décidé de conclure sur le très saturé In Case à la limite du digital, pour que Répercussion, curieusement, finisse le concert en douceur.

Un week-end haut en couleur, chargé de stress et d’inquiétude pour les organisateurs qui n’auront finalement laissé exploser leur joie qu’en fin de soirée. Le record d’affluence de samedi aura démontré que les festivaliers n’ont pas oublié la Meuh, et aura permis de chasser quelques doutes. La variété et la qualité des groupes proposés auront été les véritables atouts de ce festival qui avec 3 800 entrées sur 2 jours, aura dépassé le seuil fatidique des 3 500.

Rendez-vous l’année prochaine donc !



LE SAMEDI DANS LE DETAIL

Groupes : Kaly Live Dub + Les Ogres de Barback + Moussu T e lei Jovents + Merci Marlène
Date : Samedi 26 Mars 2011
Lieu : Le Parc des Expos
Ville : Alès (30)
Durée : 20h-2h30
Crédits Photos : Olivier Audouy
Egalement disponible sur : www.discordance.fr et sur http://lemusicodrome.canalblog.com/


Live Report Premier soir du Festival la Meuh Folle : le calme avant…

Pour le 500e post du Pulp Club, je reviens partager avec vous mes aventures après 5 mois d’absence !

Voilà, 20 h sonne : la 8e édition du Festival de la Meuh Folle d’Alès peut enfin démarrer. Les étudiants de l’École des Mines ont eu nouvelle fois proposé une affiche alléchante en 2011. Le premier soir s’annonce des plus éclectique : mélange des styles avec Punish Yourself, Déportivo, Broussaï et The Afrorockerz.

                   

Si l’édition 2010 était chargée d’espérances, celle de 2011 n’en demandait pas tant. Dans un Parc des Expos spécialement aménagé pour l’occasion et surtout doté de nouveaux stands comme le Dindon, le Goéland ou encore des stands de « jeux », le décor était ainsi planté pour faire de ce premier soir un chaudron bouillonnant de goûts et de saveurs variés.

Cette année, c’est en grande partie les poids lourds français de leur genre qui se succédaient sur la grande scène du Capra. De quoi réellement attirer un public qui, d’année en année, se montre de plus en plus fidèle au festival gardois. Pourtant, et ce dès le début, les premiers doutes ne mirent guère de temps à s’installer. L’affluence, étonnement basse, est véritablement le maître mot de la soirée. À l’image du camping à moitié vide, la grande salle du Parc des Expositions a eu du mal à être occupée ne serait-ce qu’à 50 %.

Si la déception est compréhensible du côté des organisateurs qui attendent impatiemment le dénouement du second soir, il est impossible de ne pas souligner la prestation des groupes. Chacun, dans son registre, ayant réalisé une performance de haute volée.

L’afrobeat des Afrorockerz en ouverture

C’est la première bonne surprise de la soirée. Le jeune groupe indé originaire de Montpellier a ouvert de la meilleure des manières cette 8e édition. The Afrorockerz, c’est une alchimie entre l’afrobeat, le rock, le reggae, la soul, mais aussi un côté « groovy » qui donne du pulse à la formation. The band, amené par le duo Emma Lamadji et Allonymous, a montré toutes les ressources d’un groupe à peine sorti de l’oeuf, mais qui peut aussi bénéficier de l’expérience du Jujju, guitariste, issu de Fanga. Une belle découverte tant l’énergie du rock’n'roll semblait admirablement bien coller à l’univers soul/afrobeat travaillé par le groupe. On est loin de Fela Kuti, le créateur de l’« afrobeat » dans les années 60 au Lagos, et l’on pouvait craindre ici un copier/coller pompeux du Maître. Mais rythmée par les tambours, la soul d’Emma Lamadji a dégagé une certaine symbiose avec le peu de public déjà présent… Influence africaine bien évidemment, mais aussi des sonorités plus contemporaines avec la guitare électrique et les claviers, The Afrorockerz a répandu une vague d’ondes positives malgré son show de 45 minutes.

Le Peuple de l’Orb pour garder la foule en haleine…

C’était une des principales innovations de cette nouvelle édition : si les anciennes versions proposaient une « petite scène » dépourvue de baffles, l’édition 2011 voyait apparaître une scène entièrement équipée pour maintenir la foule à température durant les changements de groupes. La fougue du Peuple de l’Orb, fanfare venue de l’Hérault, a amplement rempli son rôle : mettre le bordel par intermittence (trois fois 20 minutes). Si la fanfare a ses propres morceaux, elle était surtout là pour détendre l’atmosphère. Donc beaucoup de reprises ont été transformées en version punk, ska, rock’n'roll déjanté. À la manière de la Fanfare en Pétard, le flow est déversé à travers un mégaphone. Entre les cuivres et les guitares saturées, les cinq déjantés ont pu proposer des reprises de groupes plus ou moins mythiques comme les Bérurier Noir, Manu Chao, Motivés, Goulamas’k et plein d’autres. Une vraie réussite, le public a largement adhéré à ce nouveau concept. Les pogos et l’entassement de la foule contre cette scène de poche n’en étaient que les signes flagrants.

Broussaï pour lancer les hostilités

Broussaï est le premier poids lourd de la soirée. Après avoir fait venir Danakil l’année dernière, le deuxième groupe de référence de reggae français est à l’honneur. Alors qu’ils découvriront l’Olympia le 31 mai prochain aux côtés de Groundation, la montée en puissance des originaires de Mâcon n’est plus à mettre en doute. En parfaite continuité des Afrorockerz, Broussaï a dégainé toutes ses balles : entre des riffs de Bob Marley et des tendances à la Dub Inc‘, les nouveaux sorciers ne sont pas passés à côté de leur show. Les gros hits se sont enchaînés sans temps mort : Démonarchie, Avec des mots, Cours de l’histoire. Loin des clichés roots de certains groupes du style, les pulsations et les basses de Broussaï ont fait perdurer l’esprit bon enfant de la soirée. Face à un public un peu plus conséquent, le groupe a distillé un reggae soigné, mais énergétique où les cuivres ont été utilisés avec parcimonie. Les lyrics issus du dernier album “Perspectives” ont pris en live toutes leurs puissances : des morceaux tels que En cavale ou Jackpot ont diffusé des saveurs roots dans la salle, pendant que Pile ou face travaillait un son plutôt hip-hop. La force du groupe reposera avant tout sur le duo dévastateur en matière de flow : l’alternance voire l’enchevêtrement des chants d’Éric Waguet et Alexandre Biol n’ont fait que clamer haut et fort le même slogan : “un rêve d’évolution”.

Déportivo, les dynamiteurs

Malgré les deux performances de Broussaï et des Afrorockerz, il manque encore ce fameux “seuil” de débauche. Le pic d’affluence atteint sur Déportivo est de l’ordre de 1 300 personnes, il ne sera jamais dépassé au cours du restant de la soirée. Face à un public qui ne demande qu’à s’enflammer, Déportivo a face à lui une foule qui se pose inlassablement la même question : avec leur dernier album très tergiversé, que va nous proposer le désormais quatuor en live ?

La tête d’affiche de ce vendredi soir est en tout cas attendue au tournant : les avis assez négatifs dans la fosse à propos de “Ivres et Débutants” ne font que monter la pression. Et c’est d’ailleurs le premier morceau du petit dernier qui ouvre le bal, Fais-moi comprendre. Les influences pop de Gaëtan Roussel déjà mises en avant, c’est un public littéralement figé qui assiste à ce début de show. Rarement une ouverture de concert n’a suscité aussi peu d’intérêt. Déportivo a beau clamer qu’ils sont “toujours obsédés par la brise”, le public montre qu’il sera exigeant ce soir…

De là à dire que Déportivo l’a compris, peut-être pas, on imagine bien que la setlist n’est pas adaptée en fonction de la réceptivité d’un public… Mais le groupe a offert un concert digne de ses meilleurs moments. En effet, plus de 20 morceaux ont été joués. Et ce n’est pas exagéré d’affirmer que ce sont ceux que les fans attendaient.

Car après le raté du démarrage, Déportivo n’a pas fait dans la demie mesure : 1000 moi-même, Les Bières et Queen of universe ont littéralement tout ravagé sur leur passage. Le Déportivo de la bonne époque, avec l’intensité si belle qu’on connait, à coup de riffs dévastateurs et de rock impulsif. Après avoir mis définitivement le public dans sa poche, caler Ivres et débutants dans la foulée a été assez judicieux. Surtout que le single de l’album éponyme est majoritairement bien accueilli. Après cette première débauche d’énergie, la pop sucrée du morceau maintient malgré tout la chaude ambiance installée.

A peine remis de ses émotions que le set repart pour une série de morceaux ravageurs : La brise, Ne le dis à personne, où le planant et acoustique I might be late s’insère magistralement. Penser pouvoir se reposer une paire de minutes, c’est sans compter que La salade vienne happer une nouvelle fois une fosse qui est en éruption. Le rock aiguisé de Déportivo finit même par se répandre sur Intrépide, compo toute fraîche. Les a priori du début de concert sont bien loin : même si ce Intrépide commence sur des rythmes relativement calmes et peu commun au groupe, une série de slams impressionnante se déclenche dans tout le public. Une dizaine sont à noter en moins de trois minutes, la sécurité est débordée et finie par arriver en renfort afin d’empêcher tout accident tant les barrières sont prises d’assaut !

Alors que l’heure de set pointe son nez, Déportivo n’a pas cependant décidé de raccrocher son show. Nouveau souffle rock’n'roll sur Au milieu, avant que Suicide sunday temporise le tout. Parmi eux ne fait que relancer une machine qui ne s’est jamais enrayée : le groupe quitte une première fois la scène sous les acclamations du public, avant que les très posés Pistolet à eau et N’ai-je imprègnent la nouvelle dimension du groupe : l’acoustique, la nostalgie ainsi que l’efficacité des nouvelles mélodies.
Déportivo réservera même Paratonnerre pour conclure son concert. Un régal.

Il n’y a rien à redire sur le show de Déportivo : une setlist taillée à la perfection pour le live, où les nouveaux morceaux s’insèrent intelligemment. Même si la perf’ est très carrée, Déportivo n’a pas perdu la fougue qui le caractérisait. Les variantes de rythmes et de mélodies ont été tout aussi agréables dans l’analyse de la copie finale.

Punish Yourself, le rouleau compresseur

Si du reggae et du rock se sont succédés globalement depuis le début de la soirée, c’était sans compter sur le feu d’artifice que nous réservaient les Punish Yourself.

Après, on ne peut que souligner le côté à la fois perplexe et pantois des festivaliers qui ne s’attendaient pas à recevoir une telle claque. Car il faut le dire, c’est même plus fort qu’une claque : c’est un véritable coup de massue. Musicalement, tout le monde n’a pas adhéré. De loin. Mais une bonne partie du public est restée pour “assister” à la perf’ du groupe. Un spectacle ahurissant, comme si le temps d’une heure dix le Capra avait changé de dimension. Un vaisseau sans pilote, où les effets lumières devenaient les éléments essentiels du concert. Sous des influences de métal industriel, de punk ou encore de techno, les éclairages ultraviolets dotés les différents membres du groupe d’habits fluorescents. Face à eux et en travers de la scène, de larges faisceaux diffusés de manière à représenter une cage aux barreaux verts fluo. Des diables rouges disposés en surplomb de la scène ne font qu’entériner la mise en scène macabre, mais ébouriffante du groupe. Les effets de lumières sont aussi violents que l’intensité de la musique du groupe. Le public, soit déchainé, soit scotché, est martelé par l’énergie déployée.

La performance est tout aussi spectaculaire qu’explosive : une grande partie du show est orientée sur des lumières sombres ou bleutées, où la gestuelle du chanteur à crête est nettement mise en avant. Les déplacements, la façon de chanter ou de danser sont la plupart du temps perçues par des effets d’ombres ou de profils. Au milieu de nulle part, des machines pyrotechniques peuvent cracher des étincelles en simulant la découpe des faisceaux verts fluo. En alternance, lorsqu’on finit par oublier toutes formes de maquillages dantesques sur les membres, une femme peut débarquer sur scène en tenue (très légère) de latex pour jongler avec des bâtons enflammés…

Vous mélangez ce doux monde à une musique qui vous secoue les tympans, vous découvrez un groupe qui prend toute son envergure sur scène. Impressionnant.

Malgré l’aspect visuel hallucinant, le manque d’accroche musical a fini par prendre le dessus sur les festivaliers encore présents au milieu de la nuit alésienne… Si globalement les groupes n’ont rien à se reprocher, la soirée restera marquée par une affluence en dessous des attentes espérées en cette première soirée.

Tous les yeux sont désormais braqués sur cette deuxième soirée qui verra Les Ogres de Barback, Kaly Live Dub, Moussu T e lei Jovents et Merci Marlène à l’œuvre. Le public est attendu au tournant…

A suivre…


LE VENDREDI DANS LE DETAIL

Groupes : Punish Yourself + Déportivo + Broussaï + Afrorockerz
Date : Vendredi 25 Mars 2011
Lieu : Le Parc des Expos
Ville : Alès (30)
Durée : 20h-2h30
Crédits Photos : Olivier Audouy
Egalement disponible sur : www.discordance.fr et http://lemusicodrome.canalblog.com/


Live Report de High Tone au Cabaret Aléatoire de Marseille

Sans surprise, le passage d’High Tone au Cabaret Aléatoire a mobilisé les marseillais. Même un peu trop… La déferlante d’Out Back était attendue au tournant, deux ans et demi après leur dernier passage dans la cité phocéenne.

                        

C’est à se demander si le Cabaret Aléatoire pensait avoir autant de monde : l’organisation passable des caisses et des files d’attente ayant fait rater Jacin en première partie pour quasiment tout le monde, c’est peu dire. Près de 900 personnes se sont ainsi littéralement amassées dans une salle pleine à craquer.

Le cadre est idéal : anciennes friches de la SNCF, le Cabaret Aléatoire endosse l’habit du vieil entrepôt désaffecté. Ambiance. La salle reste spacieuse avec surtout une scène très proche du public. High Tone n’aura pas de mal à ne former plus qu’un avec ses fans.

Pourtant c’est avec une certaine curiosité que le show est attendu. High Tone a grandi, mûri aussi. L’étiquette très généraliste « d’ethno-dub » a quelque peu disparu au fil des albums, où Out Back est l’incarnation par excellence du chemin parcouru. L’évolution musicale progressive vers le dubstep a atténué le côté « dub festif » du groupe pour explorer d’autres variantes, sans toutefois entraver à son attrait.

Une disposition en tout cas traditionnelle pour les High Tone : on retrouve la batterie au centre avec les quatre autres membres autour. Les lyonnais ont également fait suivre leurs célèbres écrans (au nombre de cinq) afin de faire le show auditif et visuel.

Assez déblatéré, dans une chaleur étouffante, le set est lancé : ceux qui étaient venus pour voir les précédents opus ont sûrement été déçus, mais que voulez-vous, High Tone est là pour présenter la tournée de son dernier joyau Out Back, et ils n’hésitent pas à mettre les petits plats dans les grands.

Avec une l’ouverture en douceur, High Tone tient à nous faire part d’entrée de ses nouveaux morceaux mais nous la joue à l’ancienne : alors que tous ont souligné l’état d’esprit moins « roots » d’Out Back, les lyonnais débutent par un Boogie Dub Production old school, très boostant et surtout très jumpant. Moins un à tous ceux qui pensaient qu’High Tone avaient renié ses origines, rien de tel pour souder un public déjà lancé.

Mais les choses sérieuses ne tardent pas à arriver : High Tone ne plaisante plus et envoie une de ses compos les plus violentes, Dirty Urban Beat. Les basses à fond frôlent avec une hard teck décoiffant avant de tomber dans un rythme beaucoup plus calme et surtout plus dubby. High Tone vient de nous prouver en l’espace de 10 minutes qu’il maîtrisait entièrement son sujet. Quelque soit les variantes, High Tone joue les apprentis sorciers avec un dub qu’il manipule et retravaille en permanence : plus expérimental, Dub What rappelle un peu les sonorités perçues sur Underground Wobble en plus saccadées, High Tone n’hésite pas à digitaliser ses créations. Plus incisive mais pourtant plus posée, Dub What renoue avec le dub électronique extrêmement bien exploité par le groupe, avec la célèbre sirène orientale, véritable marque de fabrique des High Tone.

Un début de show très Out Back, mais le meilleur ne va pas tarder à arriver : un des morceaux qui aura sûrement le plus marqué le public de cette soirée, le fameux Rub A Dub Anthem, à la base en featuring avec Pupa Jim. Un brûlot par excellence, une violente envie de danser sur un tel riddim. Même sans Pupa Jim, le chant est retranscrit à merveille : encore plus ragga et stepper, une déferlante reggae/électronique s’empare du Cabaret Aléatoire qui n’en finit plus de bouger !

Pas le temps de se remettre de cette claque monumentale que les High Tone profitent de cette faille pour balancer un vieux morceau, 112 Dub, lui aussi très apprécié par le public. 112 Dub s’inscrit dans la période ethno-dub travaillée au début des années 2000 par le groupe, cependant un peu plus orienté vers l’électronique pour ne pas trop s’éloigner de la setlist choisie.

Cette phase roots a enchanté le Cabaret Aléatoire et il faut reconnaître qu’après les tous premiers opus joués par High Tone, on ne s’attendait pas vraiment à la voir arriver. Et pourtant les surprises vont continuer à tomber : en hommage au célèbre jeu vidéo Space Rider, les lyonnais proposent une version remixée du générique en dub/dub électronique.

High Tone repart à l’assaut du Cabaret et décide de le faire tout bonnement exploser : après le côté «dub roots », la place grandissante de l’électronique dans leurs tracks va ainsi s’affirmer progressivement. Uncontrolable Flesh ouvre le bal, et quelle déflagration sonore ! Comme si le groupe s’était brutalement métamorphosé en bourreau, c’est à coup de beats que le public est martelé. L’assaut effectué par High Tone a laissé sans voix un public qui ne s’attendait pas à un tel changement de registre, mais qui l’a toutefois comblé. Et quand Hangar 94/05 déboule, un des hits de Wave Digger en 2005, la transe peut redémarrer ! Hangar 94/05 résume en 6 minutes toute la discographie du groupe : un soupçon de jungle au milieu d’un dub maîtrisé, des passages électroniques qui s‘affirment, des influences reggae puis plus rarement de rock, pour finalement aboutir à un m&eacu
te;lange des styles décapant qui vous mène tout droit en soins intensifs… Un pur plaisir de ré-étendre de tels opus !

L’heure de concert est dépassée et c’est aussi le temps de se rendre compte qu’aucun morceau de Underground Wobble (2007 et avant dernier album) n’a été joué. L’étonnement va laisser sa place l’auto-satisfaction puisque High Tone décide enfin de sortir Freakency de ses tiroirs pour commencer, mais surtout Ask The Dust. En version longue de 10 minutes s’il vous plait ! Début posé, influences tziganes, percussions en douceurs, puis l’inébranlable se produit : le néant, le chaos. Une intensité incomparable, un gouffre qui nous plonge en plein cauchemar, matraquait à coups de beats industriels entrecoupés de cris de femmes… Les murs s’en rappellent encore.
C’est ainsi que sur la tournée d’Out Back, le morceau joué en version longue n’est plus Enter The Dragon, mais Ask The Dust. Une information qui décevra les fans de la première heure, mais qui vaut sincèrement son pesant d‘or.

L’heure du rappel a sonné après 1h30 de concert, et les lyonnais ne tarderont pas à revenir rapidement sur scène. Mais bien sûr, comment avoir pu l’oublier ? Spank, premier single d’Out Back, pointe le bout de son nez. Encore une bonne dose de dubstep et la salle peut repartir. Malheureusement le groupe va proposer la version clip de l’opus et non la version cd. Petite déception car le morceau perd en intensité et tarde vraiment à se lancer. Les coups de buttoirs sont beaucoup plus atténués, le rythme accéléré, ce qui enlève tout l’aspect de « lourdeur » au morceau. Spank perd une grande partie de sa cohérence dans cette version, et c’est bien dommage.

Cette légère mésaventure vite oubliée, High Tone enchaîne avec Glowing Fire, troisième et dernière compo jouée de Underground Wobble. High Tone a choisi un final planant à la sauce anglaise, ce qu’il sait faire le mieux en quelque sorte. Après 1h45 de concert, il termine de façon surprenante sa setlist avec Bastards et ses connotations de « musiques électroniques orientales » comme pour ne pas oublier ses racines. Si le morceau en lui-même intègre une guitare électrique et tangue vers le rock, la compo s’achève lentement en douceur, un peu à l’opposé de la soirée. Les derniers riffs tombent, personne ne pense que les énervés d’High Tone partiront sur ce Bastards si étrange, et pourtant…

Alors que le Cabaret suggérait une fin en apothéose, High Tone a terminé son show dans le calme et a ainsi pris tout le monde à contre-pied. Personne ne pourra cependant critiquer l’intensité de leur concert : ils ont su alterner avec malice leurs différentes périodes, en commençant par des compositions nouvelles mais très old school, pour terminer sur des nouveautés/anciennetés d’une rare violence. Au final une bonne partie de Out Back a été jouée, les versions ne changent pas réellement de la galette, mais impossible de nier que la setlist s’est globalement orientée vers les morceaux où l’électronique occupe une grande place. La critique d’Out Back soulignait que cette galette était sûrement la moins accessible par sa complexité, mais la setlist est avec le recul osée. Beaucoup plus électronique, un peu moins dubby, les fans de la première heure auraient pu ne pas accrocher. Pourtant dans l’ensemble, tout le monde gardera un énorme souvenir de cette soirée. High Tone, maître incontesté du dub, l’est tout autant lorsqu’il décide de proposer un show de musiques électroniques. Car au final, c’est un peu ça…

La performance visuelle réalisée sur les écrans a elle aussi fait son effet : tout d’abord que ce soit au niveau des créations et du renouvellement, puisque autant les nouveaux que les anciens morceaux ont vu leurs fonds visuels entièrement repris à zéro. Puis enfin la diversité relevée est à souligner : si Underground Wobble proposait des ambiances rougeâtre et jaunâtre par la présence de sols de Mars ou de terres arides, Out Back a révolutionné l’atmosphère ressenti. Pas de réelles couleurs choisies, bien au contraire, mais un vaste panel de contrastes a coloré la soirée. Se sont ainsi succédés des passages de paysages désertiques, mais aussi des comic’s cartoon assez tripants, des délires pseudo-sécuritaires/autoritaires, des extraits de clips, ainsi que de nombreux effets visuels saccadés et torturés.

                        

High Tone présente son dub électronique à chaque concert et démontre surtout qu’il le renouvelle sans cesse. Véritable monstre national dans son genre, en studio comme en live, tout est dit.


LE CONCERT DANS LE DÉTAIL

Groupes : High Tone + Jacin (+ after)
Date : Samedi 6 Novembre 2010
Lieu : Le Cabaret Aléatoire
Ville : Marseille

Setlist par album :
- Out Back (2010) : Spank, Dirty Urban Beat, Dub What, Rub A Dub Anthem, Bastards, Uncontrolable Fesh, Bougie Dub Production
- Underground Wobble (2007) : Freakency, Ask The Dust, Glowing Fire
- Wave Digger (2005) : Hangar 94/05, Headline
- Live (2003) : 112 Dub
- Inédit : Space Rider
Pour infos, le rappel c’était : Spank, Glowing Fire, Bastards.
Durée : 1h45


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.