Cette nuit-là…

Installez-vous confortablement et prévoyez du temps devant vous car une fois ouvert vous ne pourrez plus fermer Cette nuit-là avant d’être arrivé à la dernière page !

 Cynthia a quatorze ans et c’est la première fois qu’elle fait le mur pour passer la soirée avec Vince son petit ami, petite frappe notoire du quartier. Ramenée par son père à la maison, elle s’écroule ivre morte sur son lit. Au réveil, la maison est déserte. Les placards sont pleins mais les voitures ont disparu, sa famille n’est plus là mais aucune valise n’a été faite, tout est en place mais pourtant plus personne n’est là. En une nuit, Cynthia se retrouve orpheline. Son père, sa mère et son frère ont disparu, envolé.

Vingt-cinq ans après, l’enquête n’a jamais été résolue. Cynthia s’est construite entre doute et résolution, l’absence l’habite. Sa propre famille, Terry son mari et Grace leur fille, la soutient. Mais des questions la hantente. Sa famille est-elle toujours vivante ? Pourquoi ne l’ont-ils jamais contacté ? Sont-ils morts ? Tués par qui et pourquoi ? Où sont les corps ? Des questions qui, grâce à une émission de télé, trouveront leurs réponses…

En commençant Cette nuit-là, je ne me doutais pas qu’au bout d’une dizaine d’heures, je l’aurais déjà terminé… L’angoisse et le suspense sont tels qu’on est obligé, tout simplement de s’engouffrer dans cette histoire tragique. De suivre Cynthia dans son enquête et de voir enfin le dénouement, dénouement auquel on ne s’attend absolument pas. On imagine tout sauf la vérité, on suppose, on croit savoir mais on se trompe.
L’écriture de Linwood Barclay est travaillée, précise, jamais brouillonne. Il insuffle la vie à tous ses personnages, qu’on finit par connaître et comprendre. On s’y attache très naturellement, et cela vaut aussi bien pour les personnages principaux – Cynthia, Terry, Grace, Tess – que pour les personnages secondaires – Vince, Jane, Rolly.
Le récit est à la première personne, racontée par le mari de Cynthia. J’avoue que ce choix, au départ, m’a surpris. Mais il s’imbrique parfaitement avec le reste de l’intrigue et devient très naturel. Terry est un observateur extérieur, qui veut soutenir et croire sa femme mais qui finit par douter de ses propos, qui semble perdu face à la paranoïa qui émerge de Cynthia ; il ne fait plus qu’un avec le lecteur et s’interroge avec lui. Est-ce Cynthia qui a déposé le chapeau sur la table de la cuisine ? Est-ce que la voiture marron existe vraiment ? L’auteur joue habilement sur ces interrogations pour mener l’histoire à son terme dans ce livre qui est à la fois un thriller et un roman psychologique.

Cette nuit-là est un roman abouti avec des personnages travaillés, intéressants, dont la psychologie est détaillée ; le livre est prenant, l’intrigue sans défauts. On est happé par les personnages que j’ai adoré, l’histoire est géniale qu’elle se lit avec une rapidité déconcertante. Je regrette carrément pas mon achat et cette découverte, une fois ouvert, impossible de m’arrêter de le lire !
Bref, si vous aimez le suspense et qu’une nuit blanche ne vous fait pas peur, Cette nuit-là est à lire de toute urgence !


Sur la piste du Marsupilami – Alain Chabat

Date de sortie: 4 avril 2012 (1h 45min)
Réalisé par: Alain Chabat
Avec: Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot…

Alain Chabat revient sur une adaptation bd, après Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre. Toujours accompagné de Jamel, Chabat nous emmène donc, sur la piste du Marsupilami, animal légendaire, créé par Franquin dans les pages de sa série, Spirou & Fantasio.

Dan Geraldo est un reporter qui n’a plus tellement le vent en poupe. Ses supérieurs l’obligent à repartir en Palombie, réaliser un reportage, afin de renouer avec le succés de ses débuts. Son contact local est Pablito, un roublard de première, menacé par un gang,  pote des animaux et obsédé par sa rencontre avec le Marsupilami, un animal qui n’est pas sensé exister, mais qui n’existe.

Ce film a nourri beaucoup d’attentes de ma part: Alain Chabat est une légende de l’humour et j’ai grandi en regardant les nuls à Canal +, le marsupilami est une création de Franquin, auteur qui a bercé lui-aussi mon enfance et que je continue à apprécier, et la précédente incursion d’Alain Chabat dans le monde de la bd, avait accouché du surpuissant Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre, déjà avec Jamel. Bref, j’en attendais beaucoup, peut être trop.

Rapidement on retrouve la patte Chabat, un rythme bien à lui, une direction d’acteurs particulière, et un ton assez délirant. Les personnages (principaux comme secondaires) sont hauts en couleurs, le film marie assez bien la comédie et l’aventure, et les effets spéciaux sont plutôt bien foutus (surtout le marsupilami, craquant).

Mais alors où est le problème? Et bien le film n’arrive pas à trouver son équilibre de ton. On passe d’une blague géniale à une vanne raz les pâquerettes. Attention! Pas la mauvaise vanne des nuls, celle qui fout un gros blanc et qui fait partie du délire, non, ici on parle du mauvais gag pour les moins de 2 ans, qui fait que les gens dans la salle se regardent en se demandant si le scénariste ne s’est pas trompé de public. On passe donc la totalité du film à naviguer entre des moments de poilade ultime (Lambert Wilson, magique), et des scènes de lose totale (la danse des payas, la voix du géant, toutes les scènes avec des enfants…).

 En voulant concilier tout le monde, en voulant créer un spectacle pour toute la famille, Alain Chabat a accouché d’un film un peu bancal, à mi-chemin entre Astérix et Dora l’exploratrice… Un film très agréable, mais plombé par quelques scènes bien nases.


Young Adult – Jason Reitman

Date de sortie: 28 mars 2012 (1h 33min)
Réalisé par: Jason Reitman
Avec: Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson
Genre: Drame, Comédie

Jason Reitman est de retour pour son quatrième film. Si l’on excepte Juno et son incroyable puissance positive, on peut caractériser le cinéma de Reitman par un mot: grinçant. L’ami Jason s’amuse à nous dresser un portrait de l’homme au vitriol et souligne au marqueur noir les bassesses des gens. Young Adult ne fait pas exception à cette règle et c’est avec une cruauté sans limite que le réalisateur nous propose cette comédie dramatique.

Mavis Gary est un déchet. Il ne faut pas plus de deux scènes pour s’en persuader. Sa vie à Minéapolis est creuse, son boulot ne semble pas la passionner outre-mesure, et elle passe le plus clair de son temps à se coller des mines avant de comater devant des émissions de télé-réalité débiles. C’est pourtant une femme splendide et intelligente, mais elle n’a pas évolué depuis ses 17 ans. Lorsqu’elle reçoit des nouvelles de son ancien amour de jeunesse, elle est persuadée qu’il s’agit d’un appel à l’aide de sa part, et elle décide de retourner dans la petite ville paumée qui l’a vue grandir. Une ville qu’elle déteste. Sur place, rien ne va se dérouler comme elle le croyait.

Avec ce nouveau film, Jason Reitman nous confronte à la personne la plus détestable de la terre: l’ultra populaire qui a pourri ta scolarité. Si vous trouvez cette personne cool, c’est que vous êtes vous-même cette personne. Elle cumule tout les défauts qu’il est possible d’avoir, et les enferme dans la peau d’une belle personne qui semble avoir tout réussi. Quand on creuse un peu, on se rend compte que rien ne va.

Charlize Theron porte le film à bout de bras. Elle est extraordinaire. Elle réussit, en même temps, à respirer la dépression et la confiance aveugle en ses capacités. Elle est entourée d’un nombre réduit (mais de qualité) de personnages secondaires, un gros geek handicapé (Patton Oswalt) qui va rapidement lui servir de confident, et son ancien amour, Buddy Slade (Patrick Wilson, vu dans watchmen et hard candy) qu’elle est venue chercher dans l’espoir de recoller les morceaux.

Comme les précédents films de Reitman, Young adult est grinçant, méchant, drôle, mais pas que. On se surprend à avoir de la pitié pour Mavis, alors qu’elle n’a rien qui peut la sauver. C’est le regard de Reitman qui rend cette situation dramatique presque drôle. On observe une personne en détresse se débattre dans une situation qui ne peut que la conduire droit dans le mur, et même si la tragédie n’est jamais loin, on continue de se moquer.

En conclusion, si vous avez aimé les films précédents de ce réalisateur, et si vous avez vous aussi été brimé plus jeune, vous vous retrouverez dans ce film que je vous conseille vivement.


Martha Marcy May Marlene – Sean Durkin

Date de sortie: 29 février 2012 (1h 41min)
Réalisé par: Sean Durkin
Avec: Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson…

Martha Marcy May Marlene est un film Américain et une bonne occasion comprendre pourquoi les jumelles Olsen n’ont pas le moindre talent: C’est leur petite soeur Elizabeth qui a tout prit!

MMMM est l’histoire de Marcy May, une jeune fille qui décide de s’enfuir de la communauté plutôt étrange avec laquelle elle vit dans une ferme. Elle atterrie chez sa soeur mais elle porte de lourds secrets que l’on découvre à mesure que Martha (c’est aussi son nom) tente de se reconstruire. Incapable de parler avec sa soeur de ce qu’elle a vécu durant sa disparition, elle ne trouve pas sa place et n’arrive pas à se séparer des souvenirs qui la hantent.

Amateurs de films anxiogènes, M4 est pour vous! Elizabeth Olsen est saisissante de peur, complètement dévasté par l’expérience qu’elle a vécu auprès d’un gourou charismatique et de sa secte d’ado paumés. Son retour auprès de ce qui reste de sa famille va complètement détruire le confort de vie de sa soeur et de son riche beau-frère, parfait opposé d’une Martha en rupture avec le monde moderne.

M4 est un film tout en ambiance. Aux plages de silence, succède des sons qui tambourines dans nos oreilles, le calme ne le reste jamais longtemps et Martha nous emporte dans son angoisse, non pas petit à petit, mais par vagues successives.

L’alternance présent/passé permet un cheminement en parallèle et nous réserve quelques révélations intéressantes sur l’état de Marcy May. Une construction classique mais efficace, servie par une réalisation très “film indé US” mais vraiment réussite. Le rythme du film est assez lent, mais cette relative langueur, loin d’éloigner le spectateur, sert la narration du film. Par contre Elizabeth Olsen est souvent à poil et ça c’est cool, parce qu’en plus d’avoir plus de talent que ses soeurs, elle a aussi des plus gros seins. (humour, je précise)

Pour conclure, un mot sur la fin: N’espérez pas obtenir toutes les réponses, le film peut être frustrant tant la fin est ouverte.

Vous êtes prévenus, maintenant, à vous de voir.


From Hell – Alan Moore & Eddie Campbell

From Hell est un roman graphique cultissime écrit par le magicien de Northampton, et dessiné par Eddie Campbell. Roman est un terme que le bouquin n’usurpe pas: plus de 500 pages de bd. Ultra dense, From Hell  intimide. Dessin âpre, en noir et blanc et scénario ultra documenté sont au service d’une histoire sombre et terrifiante de réalisme:

Dans l’Angleterre Victorienne, un membre de la famille royale s’éprend secrètement d’une fille du peuple. En secret, ils se marient et font un enfant, mais la reine l’apprend et met un terme à cette histoire gênante. Un groupe de prostituées décide de faire chanter la famille royale, et la reine charge le médecin royale de les réduire au silence. Le médecin complètement illuminé, va aller bien au-delà de sa mission… En parallèle, la police mène l’enquête et on assiste aux balbutiements de la police scientifique. La presse s’empare très vite de l’affaire et invente le mythe de Jack L’éventreur.

From Hell est une oeuvre riche, difficile d’accès pour bien des raisons:

Le graphisme est la première chose qui saute aux yeux, Campbell nous livre un travaille hors-normes, dans un noir et blanc sale et sombre, complexe, peu flatteur, plein de traits. Le dessin respire l’ancien et colle du coup parfaitement avec le propos.

La narration ensuite, se veut précise, documentée. Alan Moore s’appuie sur un nombre extra ordinaire d’ouvrage pour nous brosser un complot royal. Réalisme est le maître-mot de cette histoire, puisqu’il nous livre un version du mythe proche de ce qu’a raconté Stephen Knight dans son ouvrage Jack The Ripper: The final solution, souvent cité dans la quarantaine de pages de notes que compte From Hell. Du coup, les personnages ont existés, et soutenus par une description réaliste d’un Londres victorien croulant sous la crasse et la misère.

L’histoire est longue à démarrer car Alan Moore prend un grand soin à installer son histoire. On assiste à un véritable cour d’histoire occulte sur Londres, de la part de William Gull, le personnage central de cette intrigue. Gull l’illuminé mêle dans ses paroles comme dans ses exactions, le mystique et la franc-maçonnerie. Ses envolées sont parfois difficiles à suivre au début. Ensuite, l’histoire devient véritablement prenante.

Enfin, l’ouvrage est franchement trash. Entre la description méticuleuse des moeurs des gens de l’époque, la pauvreté extrême, la sexualité très crue, la violence extraordinaire des meurtres et les propos de William Gull, le lecteur reçoit sa dose d’horreur.

Malgré cela, From Hell est un livre exceptionnel. Je ne saurais vous dire exactement ce qui rend cet ouvrage indispensable, mais c’est une lecture qu’il faut avoir subit. Alan Moore n’a pas son pareil pour rendre l’horrible fascinant. Les meurtres de William Gull sont montrés dans les moindres détails, comme les nombreuses scènes de sexe, franchement rebutantes. Le tout s’entremêle et se croise intimement durant le récit et on reste scotché par cette absence totale de pudeur.

Là où From Hell est génial, c’est dans sa construction: On sait des le départ les tenants et les aboutissants de l’intrigues, mais l’important n’est pas dans l’identité du meurtrier ou dans son mobile, non, l’important se situe dans la construction du mythe de Jack l’éventreur, dans la prise d’ampleur du complot et dans les moyens mis en oeuvre pour que cette histoire devienne crédible. Si un quart de ce qui est raconté dans ce bouquin est vrai, c’est franchement flippant!

From Hell est un livre peu commun, difficile, plutôt cher, mais si vous aimez les histoires sombres, les complots, les romans policiers, il vous le faut. Le conseil de Rael: Faites-vous le offrir! (comme moi)

ET NE REGARDEZ PAS LE (MEDIOCRE) FILM AVEC DEPP…


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