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Urban comics

Pour une fois, je ne vais pas vous parler d’un bouquin, mais d’un éditeur, un nouveau venu sur le délicat terrain de l’édition de comics en France.

Derrière Urban comics, se cache en fait Dargaud. Il y a peu, Panini a perdu les droits de gestion du catalogue DC comics (Superman, Batman, Vertigo…) et c’est Dargaud, en Janvier 2012, qui a raflé la mise. Dc comics est un catalogue délicat à gérer, car si les grandes figures sont connues, l’univers n’en reste pas moins riche, complexe, et bien moins accessible que celui de Marvel, bien implanté chez nous depuis belle lurette. De plus, aux USA, DC comics a effectué une relance complète de son univers. Il faut donc gérer un immense catalogue plein de matériel inédit et un nouveau statu-quo.

Grâce à une équipe de passionnés, et ce qui semble être une certaine liberté dans la prise de décision, Urban comics nous propose depuis environ trois mois, un catalogue de qualité et nous prépare quelques sorties appétissantes.

Première parution, premier grand coup: une édition somptueuse de Watchmen, à un prix hallucinant quand on sait qu’elle contient les bonus de l’édition Absolute et qu’elle lui est supérieure en terme de qualité de papier, de format et de traduction.

La suite n’est pas en reste. L’éditeur a bien cerné la problématique autour de l’implantation de DC en France, et essaye dans chacun de ses ouvrages d’être “Reader friendly”. Ainsi parait DC comics Anthologie, un énorme volume contenant des épisodes essentiels ou mythiques dans l’univers DC, et ce, sur une période allant des années 30 à nos jours. Un volume parfait pour débuter, même si les premières aventures de Superman et ses potes risquent de piquer un peu les yeux.

Dc Comics Anthologie: Un ouvrage fabuleux

Je ne vais pas détailler chaque album paru depuis janvier. Sachez simplement qu’Urban continue de sortir du kiosque, reprenant certaines séries (batman entre autre) là où panini l’avait laissé, avant de partir sur la relance globale de l’univers. Tous les titres ne seront pas traduits, il y en a trop et de qualité variable, mais ces titres paraitront, pour certains en kiosque (batman dans son mag, green lantern dans son mag, et un troisième mag ), pour d’autres en librairie (Action comics par exemple).

En librairie, Urban propose des parutions de qualité et annonce quelques belles initiatives: Batman: année un de Frank Miller et David Mazzucchelli accompagné du dvd de son adaptation en film d’animation pour juillet, Batman Arkham City, la bd du jeu avec le jeu, une flopée de titres inédits et de rééditions attendus depuis longtemps (Top Ten d’Alan Moore, Les seigneurs de Bagdad, Nou3).

Sachez enfin que tous les albums ou mag que j’ai pu lire contiennent du rédactionnel, sensé aider les lecteurs perdus. Le contexte est régulièrement re-situé, les personnages sont expliqués. Mieux, Urban prépare une édition en plusieurs tomes du passage intégral de Grant Morrison sur Batman, une saga riche et complexe qui serait explicitée par des notes et explications d’un expert en la matière. Cette initiative ne sera pas la seule et même si j’ai déjà ces titres chez moi et que je pleure de ne pouvoir les acheter de nouveau, je trouve l’initiative excellente.

Knightfall, une saga inédite de Batman, faisant écho au prochain film de Nolan sur l'homme chauve-souris

Vous aurez compris, je suis plus qu’enthousiaste. Le passage entre Panini et Urban m’a franchement effrayé, je pensais que ce serait le chaos, j’avais peur que l’initiative ne prenne pas, que les parutions soient moins bonnes, mais je ne peux que constater l’inverse et vous inciter à vous ruer sur ce que sort cet éditeur.

http://www.urban-comics.com/


Et si on se faisait un p'tit week end Batman ?

Aujourd’hui, plutôt que de vous parler d’un truc en particulier, je vais traiter une thématique: Batman.

Comme certains le savent, j’adore ce personnage complexe et les sorties simultanées du jeu vidéo et de la réédition d’un comics mythique sont pour moi l’occasion de vous parler d’un sujet qui vous prendra bien plus qu’un week end…

Samedi après midi: Jouons comme des porcs à Batman: Arkham Asylum sur x360 ou ps3.  

Développé par Rocksteady, édité par Eidos, ce jeu jouissait d’un prestige déjà important avant même sa sortie.

B: AA, est un jeu d’aventure action, mâtiné d’infiltration. Batman tombe dans un piège tendu par le Joker au sein même de l’asile d’arkham. Avec l’aide de moult gadget, il va devoir affronter milles dangers (environ) et se frayer un chemin dans les sombres couloirs de l’asile, tout en perçant les mystères qui hantent ces murs…

Premier constat: le jeu tue la rétine tellement c’est beau, l’ambiance est extraordinaire et les design originaux de je ne sais quel dessinateur, sont intéressants, bref, il y a beaucoup de choses à faire, de l’exploration pour trouver des éléments cachés, et une histoire bien foutu signée Paul Dini, auteur de la série Detective comics… Que du bon!!!

Après ça, pourquoi ne pas se détendre et relire le roman graphique: L‘asile d’Arkham, de Grant Morrison et Dave mc Kean, chez l’éditeur Reporter. L’histoire qui a servit de base au jeu, mais qui prend un chemin plus psychologique que ce dernier. Ici, Batman va être amené aux limites de sa conscience et va devoir faire face à ses démons, ainsi qu’à ses pires ennemis. Un dessin superbe, une ambiance à couper le souffle, une réflexion poussée sur la folie, un indispensable!!!

Samedi soir : On se matte Batman Begins, histoire de se maintenir dans l’ambiance…

Je ne reviens pas sur ce film extraordinaire, réalisé par C. Nolan avec C. Bale, L. Neeson… Film qui traite des débuts du héro et de sa relation avec son mentor et adversaire : Ra’s al Ghul.

Une fois le film terminé vous pouvez vous plonger dans la lecture de The Killing Joke écrit par Alan Moore et dessiné par Briand Bolland, qui vient donc de ressortir chez Panini Comics. L’histoire traite essentiellement des origines du Joker (origines possibles…) et de la traque de ce dernier par Batman. Un récit plutôt violent ou les premiers à payer sont les Gordons… Un récit essentiel dans la mythologie batman.

Dimanche Matin : Matez France 3 et tapez vous un épisode de la dernière série animée Batman qui est plutôt sympa…

Après ça, retournez sur Le jeu, vous êtes loin de l’avoir terminé… Entrecoupez la partie de la lecture de l’absolute DK de Franck Miller, un pavé qui comprend :

Dark Knight Return, un récit hors continuité qui voit un batman cinquantenaire reprendre du service pour éliminer la crasse dans Gotham de façon plutôt expéditive… Un récit qui va l’opposer à Superman, et un groupe d’extrémiste revendiquant son héritage culturel…

Dark Knight Strike again, la suite, encore plus barrée, où Batman soulève une armée à l’aide de la Justice League, afin de détruire une société totalitaire qui cherche à tout contrôler aux Etat Unis… Graphiquement surprenant, ce récit est juste énorme…

Dimanche Soir : Terminez-vous avec The Dark Knight, de C. Nolan.

Parce que désormais, vous avez les armes pour encore plus apprécier ce film fabuleux, parce que le Joker est exemplaire et parce que pour le moment, on n’a pas trouvé mieux comme film de super héro…

Après ça vous pourrez lire Joker Par Azzarello/Berjemo/Gray, que notre ami Clownface (si je me souviens bien) a critiqué il y a quelques temps…

Après allez vous coucher, si vous êtes toujours sain d’esprit… Bravo, vous avez passé le test, vous êtes un geek.


Mais qu'est ce que la ligne éditoriale ALL STAR chez DC COMICS?

Pour doper les ventes, l’éditeur de comics US Marvel, eut l’idée (c’est la maison des idées après tout), de créer un univers parallèle: l’univers Ultimate. Un univers plus réaliste, où les héros vivraient des aventures indépendante de la continuité, légèrement différentes mais en se référant à du connu. On a vu donc apparaitre les Ultimates (vengeurs), ultimates X-men, Ultimates Spiderman, Ultimates Fantastic Four, et des dérivés de temps en temps… Cool, ça a marché. Du coup, quelques années plus tards, DC comics, le “rival”, décide de faire pareil: ce sera la ligne ALL STAR. Tout de suite des grands noms: Miller & Lee sur AS Batman, Morrison et Quitely sur AS Superman, je sais plus qui sur AS Wonder woman… Je crois même qu’un projet de AS Justice League et Green lantern étaient prévus…

Sur la totalité de ses beaux projets, seulement deux virent le jour, et encore, tout fut très compliqué. Alors que vient de s’achever le run mythique de Morrison et Quitely sur AS Superman, il est bon de revenir sur ce qui s’est passé, et ce que cette ligne concurrente de Ultimate à donnée.

A aucun moment, les All stars n’ont pu concurrencer les ultimates. La faute à plusieurs facteurs: Le retard. Je ne sais pourquoi, mais dès le départ, All star fut maudite: Miller & Lee, l’équipe ultime en terme de retard, fut incapable de tenir le moindre délai. Miller étant trop occupé à faire des films (et oui, il devait entre autre, bâcler the spirit), et Lee, trop impliqué dans le character design du jeu DC universe et le relaunch (foireux, on y reviendra) de l’univers Wildstorm (un autre univers comics comme DC ou Marvel), ils n’ont pu livrer en gros, que 7 numéro en 3 ans. Quand à Morrison et Quitely, ils se sont mieux débrouillé mais ce fut quand même un peu le chaos, Quitely n’étant pas forcement un spécialiste de la série régulière, et Morrison participant au sublime relaunch de Jim Lee sur Wildstorm (il scénarisait 2 series: Wildcats saison 4, un numéro parut à ce jour, et authority: 2 numéro parut à ce jour, c’était il y a bientôt deux ans…).

Du coup, on s’est très vite retrouvé, nous lecteurs, avec deux séries au rythme plus qu’incertain. Dc a, je pense, décidé que finalement, il allait limiter les frais, s’en tenir à ces deux séries. Morrison & Quitely avaient annoncés 12 numéros, ils s’y sont tenus, Miller & Lee n’ont rien annoncé de concret, d’une certaine manière, ils s’y sont tenus aussi.

Un coup d’oeil rapide sur All star batman et Robin the boy wonder.

Actuellement 7 numéros sont parut, le 8eme n’est pas annoncé pour le moment. ASBR démarre avec la mort des parents du pauvre robin, et se focalise sur les débuts du jeune sidekick de batman, et le rapport du chevalier noir à son environnement. Ici, tout est démesure et c’est une vision très Milleresque du personnage que l’on peut lire: Batman est méchant, frappe fort, ça lui plait, tout le monde le déteste, Gotham est crade, les filles sont fortes et robin est en slip. L’ambiance est légèrement délirante, avec notamment un épisode ou Batman se peint en jaune pour pouvoir discuter avec Green Lantern, (qui ne peut agir sur le jaune c’est connu)… Bref c’est assez cru dans le langage, c’est parfois bien débile, c’est souvent violent, bref c’est du Miller. 

Au chapitre des défauts, pour certains voir juste au dessus, pour les autres: c’est assez lent (3 épisodes dans la batmobile…) ça ne mène nulle part (le 7eme numéro démarre enfin une histoire), ça ne fait que présenter des personnages comme Batman, robin, batgirl, le joker, Black Canary, et la Justice league, juste énorme avec une Wonderwoman féministe intégriste ultra remontée, un Superman bien patriote, un Green lantern abruti et un Plasticman… égal à lui même. Voilà, une série dispensable que je ne suis que parce que je suis un fanboy.

Un vrai morceau de bd: All Star Superman.

C’est le monde qui marche sur la tête! je défend un comics superman. Il y a de cela 5 ans, je vous aurais ri au nez. Je déteste ce personnage: Il est trop parfait, ses ennemis manquent d’envergure (à part Lex Luthor)… Sauf que là, l’histoire débute par un fait simple, énoncé haut et fort: Superman va mourir.
Lex Luthor a réussit son coup, il a condamné Superman à une mort programmée, inéluctable, imminente. Saturées d’énergie suite à une exposition trop intense aux rayon du soleil (Superman est entré dedans…) les cellules du corps du héros se détériorent. Dès lors, il va chercher à laisser un héritage au monde, et chaque numéro est un avancement dans sa quête, et chaque numéro est un grand moment.

On assiste en vrac, à la révélation de son identité à Lois Lane, qui ne le croit pas. Il l’emmène ensuite dans sa forteresse de solitude et se comporte bizarrement, du coup elle se pose des questions sur les intentions de l’homme d’acier vis à vis d’elle, On y découvre le mysterieux Superman Squad du futur, qui va intervenir tout au long du recit. Superman va ensuite affronter deux rivaux qui veulent séduire le cœur de Lois. Jimmy Olsen va devoir le contenir grâce au virus Doomsday (doomsday étant le monstre qui tua Superman dans les années 90). Un autre épisode fun: Clark Kent, plus boulet que jamais, vient interviewer Lex Luthor en prison et ainsi déjouer une insurrection visant à l’assassiner, sans que l’on voit l’ombre d’une cape rouge… Le sixième épisode restera comme étant le plus mythique de la série: Clark rend visite à ses parents… Je ne peux pas vous parler de cet épisode remplie de pistes sur le devenir de l’homme d’acier, et d’émotion. Ensuite Superman va devoir faire face à l’invasion des Bizarro, des supermans ratés, qui font tout à l’envers, venant d’une planète cubique ou vie Zibarro un bizarro raté… A son retour il devrait se frotter à des congénères hostiles, fabriquer un monde, et accomplir sa destinée. La conclusion étant d’une puissance à tout épreuve, tous prend sens, toutes les réponses sont données, et malgré tout, la fin reste ouverte. Un coup de génie.

Je pourrais passer la journée à vous dire à quel point cette série est géniale, à quel point le trait de Quitely est juste et sert l’histoire… Mais je vais plutôt m’attarder sur les défauts, les maigres défauts: Le problème majeur de ASS, c’est son manque relatif d’accessibilité. Il faut quand même un peu connaitre superman, la “mythologie” du personnage pour bien apprécier les subtilités, Morrison blindant son récit de références plus ou moins obscurs… Revisitant le bestiaire de façon inattendue, bouleversant l’ordre établie. Il est possible de lire l’histoire sans connaitre, elle est indépendante, mais on rate une somme conséquente de détails. Second défaut: C EST TROP COURT!!! 12 Numéros ce n’est rien pour un chef d’œuvre pareil!!! J’espère que les one shot prévu par Morrison avec différents dessinateurs, autour de ASS, arriveront vite.

Conclusion: La ligne éditoriale All star n’a pas tenu ses promesses: Elle n’est pas devenue l’Ultimate de DC, et ne nous a livrée que deux mini séries. Si l’une est déjà devenu une légende de la BD, l’autre peine à décoller et reste dans le domaine du “sympathique mais pas culte, vu les auteurs qu’on a dessus”. Bref, Dc s’est bien planté la gueule, mais nous à livré un morceau d’histoire de la Bd. Encore une fois, Merci Morrison et Quitely.


Batman – La résurrection de Ra's Al Ghul (DC BigBooks)

Petits rappels:

Dans les années 80, deux zigotos ont pondu une histoire dans laquelle Batman aidait Ra’s Al Ghul, et sa fille talia. Cette dernière n’étant pas totalement insensible aux charmes du Caped Crusader, il était sous-entendu qu’elle lui faisait un enfant dans le dos… Officiellement, DC a nié l’implication de cette histoire dans la chronologie du personnage…
Quelques années plus tards, un scénariste en mal d’inspiration faisait mourir Ra’s Al Ghul. Depuis, plus de nouvelle du bonhomme qui avait pourtant la facheuse habitude de revenir.
Pour les plus incultes de batman, Ras, est un peu le rival de Batman, là ou Joker est le nemesis. Il reste un criminel immortel mais il entretient un lien trouve avec Batman, ils sont alliés/enemis, comme l’a si bien illustré le Film de Nolan, Batman Begins.
Dernièrement, Grant Morrison qui n’est pas le dernier pour remuer la merde, a fait ressurgir Talia et son fils, Damian, forçant Dc a accepter le fait que Son of the demon (l’histoire des années 80) n’était pas une aventure isolée, mais bien une histoire officielle de Batman. Désormais, Bruce Wayne a un fils, et il n’est pas piqué des anetons.

Dans ce contexte, arrive le gros crossover que nous avons sous la main, réunissant les séries: Detective Comics, Batman, Robin et Nightwing, il se propose de nous narrer le retour de Ra’s Al Ghul.

Avec 5 scénaristes et une poignée de Dessinateurs, on se retrouve face à pas mal de disparités entre les épisodes, même si tous accordent leurs violons pour donner un ensemble plus ou moins cohérent. Premier bon point: A la différence de nombre de crossover, ici un épisodes débute là ou s’arrête le précédent, à l’exception du prélude, de l‘annual et de la conclusion, mais ça ne gène pas l’histoire. Du coup l’histoire est limpide. Graphiquement on passe du très bon (Pearson, Nguyen & Fridolfs), au pas terrible (Don Kramer) en passant par le juste classique (Tony Daniel), mais cela n’entrave pas la lecture de cette saga sympatique, qui pose quelques moment bien sympatique (Robin face au dilemme ultime, la conclusion bien sympa, et quelques épisodes plutôt fun mettant en scène un trio de méchante has been…).

Bref, si vous aimez batman, vous aurez ici une histoire sympa, pas autant que la régulière de Morrison (moi je suis fan), mais une bonne histoire quand même, qui a le mérite de faire avancer le schmilblick, et qui impose surtout Damian comme un personnage à part entière, dans la continuité de Batman.

Le seul problème qui peut entraver la lecture de ce pavé de plus de 250 pages, c’est le rapport qualité prix: 29 euros pour une impression sur du papier toilette, c’est du vol, c’est le defaut majeur des Dc Bigbooks, ils sont cher et de mauvaise qualité. On a déjà subit l’affront sur des séries mythiques comme Transmétropolitan et les Invisibles, c’est un peu dommage que le prix soit si excessif.


Joker, un mental torturé et angoissant.

Personne ne pensait ça possible, et pourtant, c’est arrivé. Le Joker est libéré d’Arkham, les docteurs de l’asile l’ont déclaré capable de marcher dans les rues et de se mêler aux citoyens…

Si vous êtes passé récemment dans un magasin culturel, vous n’êtes pas sans savoir que Dark Knight, le succès ciné de l’année passé, vient de sortir en DVD. Et cet album en est la parfaite extension. Il n’a pas été créé pour cela, les premières traces du scénario et les premiers croquis remontent avant que l’on parle du film cité ci-dessus. Cependant, la similarité des deux traitements pourrait faire penser le contraire, ne serai-ce que sur le visage du Joker.

Brian Azzarello est un scénariste plutôt habitué au polar, et même si il s’est déjà plongé dans l’univers de Batman, il n’avait jamais vraiment touché son ennemi le plus intime. Et il faut bien avouer que c’est une réussite. Premier point, même si le clown meurtrier est le personnage principal, il n’est pas le narrateur, ce qui permet de ne perdre le lecteur. C’est Jonny Frost, malfrat ambitieux qui nous fait partager le récit. Ensuite, le scénariste a la bonne idée de ne pas traiter le personnage comme un comique troupier, c’est un fou dangereux, sans conscience et avec un sens de l’humour tout à fais particulier, à l’image du personnage campé par le regretté Heath Ledger. Tout l’univers criminel de Gotham est traité de manière terre-à-terre, afin de leurs donner une autre profondeur, loin de la grandiloquence qu’on leurs a trop souvent prêté, ils sont ici terrifiant de banalité.

Le dessin n’est pas sans rappeler la gravure ou la sculpture. Lee Bermejo, le dessinateur, travaille dans la masse et caractérise sans mal tout les malfrats qui peuplent la ville de l’homme chauve-souris. Comme si il inscrivait dans le marbre chaque version des personnages qu’il propose. Chacun est majestueux, campé, imposant et à sa place dans le bestiaire inquiétant qui peuple les bas-fonds de cette cité imaginaire.

 

Si vous cherchez un complément à Dark Knight, c’est cet album, il correspond à la vision du film tout en étant totalement différent. De plus, aucunes connaissances de l’imposante mythologie des personnages n’est nécessaire, il vous sont présentés neuf et vierge de tout passé. Les deux auteurs (qui avaient déjà donné leur propre vision de Lex Luthor dans l’album du éponyme) signe un album qui se lit d’une traite, prenant, qui plus qu’une nouvelle aventure est surtout une plongée dans une vision perturbée et dangereuse.

Joker, de Brian Azzarello et Lee Bermejo, collection DC Icons, 128 pages, 18 euros.


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